—Ah! non, mes gaillards!... Ce serait trop simple!... On ne s'en tire pas à si peu de frais avec un Lozières, avec un monsieur de ma taille ...

Il continuait de cracher ses rancunes, ses déceptions de fonctionnaire mécontent, citant des abus, des compromissions, des iniquités, un tas de scandales ignorés—se confiant à Gilbert, à cet inconnu, comme à un ami, à un affidé, comme au fils du feu président, qu'il supposait acquis à l'opposition, plein de haines identiques.

Et Mareuil répliquait d'un ton indécis, timoré,—tout ahuri encore de cette brusque intrusion de la politique, de la vie sociale, dans ce petit salon où, l'instant d'avant, il n'y avait que des bruissements de baisers, de supplications, de soies froissées.

Il éprouvait aussi une pitié étrange pour ce pauvre homme si près d'être trompé, une pitié que jamais l'autre, jamais M. Hardouin ne lui avait inspirée, et il faisait ses questions douces, déférentes, sympathiques comme des demandes de pardon.

—Notre ministère? s'exclamait M. Lozières. Le ministère des finances?... Pas meilleur que les autres, mon cher monsieur! Entièrement aux mains de la haute-banque, des tripoteurs ... Mais le moindre agent de change, le moindre coulissier y possède plus d'autorité que moi ... Ce matin même, le ministre m'a forcé à poser une heure, à bouleverser tous mes services. Et devinez pourquoi?... Pour recevoir une de vos connaissances ... M. Lepassereau, un banquier de troisième ordre ... C'est un peu fort, avouez-le!

Mme Lozières rentrait, accompagnée d'un valet de chambre portant le thé et qui toisa Gilbert de côté.

Le jeune homme se leva. Elle voulait le retenir:

—Vous n'accepterez pas une tasse de thé?

Il s'excusa, alléguant l'heure, un rendez-vous qu'il ne pouvait remettre.

M. Lozières déclara: