—Maintenant que vous avez appris le chemin, j'espère que nous vous reverrons ...
Il salua, en remerciant, et sortit.
Mme Lozières était demeurée impassible, sans un sourire d'intelligence, sans un regard ami.
Mareuil descendit l'escalier lentement, se retraçant une à une les péripéties de cette visite scabreuse.
«C'est égal, cela a été bon train! On ne traîne pas dans l'administration.»
Il arrivait dehors: «Bigre! Ça pince!»
Une bise glaciale l'avait cinglé, une de ces âpres bises d'avril qui charrient avec elles comme des restants d'hiver; et aussitôt il eut la sensation d'un temps pareil, d'un jour pareil, dans le passé—le jour où Mme Hardouin lui avait accordé les premiers baisers.
Après, il s'était promené à travers les rues, pendant des heures, poussé par une furie de marcher, dévisageant les femmes d'un œil fixe d'homme ivre; et, dans sa fierté, dans sa joie aveuglante, il lui semblait que, d'un revers de main, il eût pu toutes-les prendre. Oui, il se rappelait très bien cela, jusque dans les plus minutieux détails. Puis, soudain, au milieu de ces souvenirs, il crut voir M. Lozières, sa silhouette gesticulante et révoltée: «Ha! ha!... Ginestas!... La clique!... Mon cher monsieur!...» Il murmura, repris de pitié: «Pauvre diable!»—et il cherchait, recherchait, il avait besoin de retrouver pour s'étourdir l'image lointaine, l'image fugitive de Lucie suppliante et pâmée.
«Je l'aime, n'est-ce pas!... Je vais l'aimer, cette petite ... Alors, pourquoi me gêner?»
Mais il eût souhaité l'aimer davantage, être encore emporté dans cet affolement d'amour où l'on ne sent plus de repentir, où morale, scrupules, conscience fuient devant les désirs comme des fétus sous la tempête.