—Chic, alors!... Mais pourquoi?
—J'ignore... C'est madame qui m'a dit de conduire monsieur...
Gégé n'en demanda pas plus. L'essentiel était de ne pas dîner chez lui. Les lendemains de scène y avaient la tristesse des lendemains de fête. Au tumulte de la veille succédait le morne silence. On se serait cru à un repas de deuil. Et puis, avec le théâtre et le foot-ball, Roger ne connaissait pas de meilleur plaisir que d'aller chez son grand-père. Quoiqu'on doive avant tout aimer son père et sa mère, il ne passait guère de jour sans faire à ses parents quelque secrète infidélité de cœur avec M. Lecherrier. Il ne l'avait avoué à personne, pas même à son vieux Ribermont; mais c'était plus fort que lui, il ne pouvait s'empêcher de préférer un peu ce grand-papa si brave homme, toujours de bonne humeur, et chez qui on ne se disputait jamais.
—Chic! chic! chic!—scandait-il, en gambadant au bras de Joseph.
Et, sitôt arrivé avenue Marceau, il grimpa d'un saut au fumoir, où M. Lecherrier avec Lucie prenaient le frais au près du balcon. Tous deux l'embrassèrent avec fougue.
—Et papa?
—Il dîne à son cercle.
Mme Taillard avait répondu en détournant les yeux. Roger, de même qu'à son grand-père, lui trouvait un air drôle. Elle avançait le menton, comme sur le point de pleurer. Sans doute, du chagrin en retard, des restes de la veille. Pourtant Gégé ne se sentait pas rassuré.
Mais à table, peu à peu, sa mauvaise impression s'effaça. M. Lecherrier s'était mis à conter de ces histoires roulantes dont il avait le secret et qui faisaient pouffer aux larmes. On s'amusait fièrement. Tout le monde jubilait, jusqu'à Firmin, le jeune valet de chambre, qui dut soudain lâcher un plat pour aller rire dans la cuisine.
Aussi, rentré au fumoir, Roger n'hésita pas à proposer comme de coutume la partie de dames à son grand-père.