—Tout à l'heure, mon petit!—fit M. Lecherrier en posant sur un guéridon voisin de son fauteuil la tasse de café qu'il venait d'achever.

Puis, attirant Gégé et le calant droit entre ses genoux:

—Tout à l'heure, mon chéri... D'abord j'ai à te parler.

Roger, dans son étau, essaya vers Mme Taillard un regard d'appel à l'aide. Mais, d'une petite claque affectueuse, M. Lecherrier lui remit la tête en place, et, avec une voix de vieil acteur, comme Gégé n'en avait entendu qu'au Théâtre-Français:

—Par ici, mon chéri! Ne t'occupe pas de ta mère. J'ai besoin de toute ton attention... Écoute-moi bien, mon enfant... Tu vas bientôt avoir douze ans... Tu es déjà presque un homme...

«Encore!» pensa Gégé, plus en méfiance que jamais contre ce genre de flagornerie.

—Tu es presque un homme, et c'est donc comme à un homme que je vais te parler... Mon cher enfant, il t'arrive un grand malheur... Tes parents divorcent, tes parents vont divorcer... Sais-tu ce que c'est que de divorcer?

Roger riposta, en s'inspirant de remarques personnelles:

—C'est quand une femme n'a plus de mari et que son mari n'est pas mort.

—En effet,—approuva M. Lecherrier,—et vice versa. Autrement dit, tes parents ne sont plus d'accord, ils n'ont plus les mêmes goûts. En conséquence, ils ont décidé de renoncer à la vie commune. Et ils habiteront désormais chacun de son côté. Pour l'instant, et probablement aussi dans l'avenir, ta mère habitera ici avec toi... Ton père, je présume, gardera son appartement.