—Pas du tout.
—Veux-tu que nous allions prendre quelque chose?
—Oh! oui!
Gégé, sitôt ces mots prononcés, les regretta. Tant pis! Déjà l'automobile les emportait par la nuit claire, le long des rues silencieuses. Et puis une demi-heure de plus ou de moins, le mal ne serait pas grand.
Une bavaroise au chocolat et un panier de brioches eurent vite raison de ce restant de remords. Il y avait dans la salle une foule de jolies dames en peau, avec des colliers de perles, des rubis, des diamants, des émeraudes et d'immenses chapeaux à panaches. Des tziganes ponceau jouaient des valses mélancoliques à en pleurer ou des marches américaines à vous rendre ivre de gaieté. La lumière ruisselait des lustres sur les fleurs qui jonchaient les tables. Comme M. Beaujoint, comme M. Capdemas, comme Mme Taillard elle-même étaient loin! De sa vie, Gégé n'avait passé une aussi bonne soirée.
Enfin Taillard lui fit signe de se lever. L'automobile les ramena avenue Marceau. Tout le long de la route, Taillard tint dans sa main la main de son fils. Sur le seuil, il dit:
—A samedi, alors... Du reste, d'ici là, je viendrai te voir chez M. Beaujoint.
Ils s'embrassèrent de deux forts baisers. Puis, comme la porte se refermait sur Gégé, Taillard regrimpa en voiture et se fit conduire à un restaurant de la rue Royale où Nelly Jelly l'attendait dans un cabinet.