V

La semaine qui suivit compta pour Gégé parmi les plus douces de son existence.

Par un affectueux complot, malgré les premiers ennuis de la procédure ouverte, M. Lecherrier et Mme Taillard ne cessaient de montrer au pauvre enfant des visages immuablement souriants. Et, à la sérénité de cette vie nouvelle, sans disputes, sans scènes, il mesurait peut-être vaguement combien l'ancienne avait été amère et tourmentée.

Pour Taillard, il ne passait guère d'après-midi sans rendre visite à son fils. Au lieu de la mine soucieuse et revêche que Gégé lui connaissait jusque-là, il avait toujours l'air d'arriver à une partie de plaisir ou d'en revenir.

Tantôt il surgissait à l'heure du goûter, avec un assortiment de friandises qui faisaient les délices de la division élémentaire. Tantôt il venait vers l'heure de la sortie pour reconduire Gégé à pied ou en auto.

Quelquefois il s'était rencontré avec Lucie, qu'une même sollicitude poussait presque quotidiennement chez M. Beaujoint. Il y avait eu de la gêne et pléthore de gâteaux. Alors, par une entente tacite, ils se réservèrent chacun son jour. Roger ne coula donc plus un après-midi sans voir l'un ou l'autre de ses parents. Jamais il ne les avait tant vus ni si bien disposés.

Quant à M. Lecherrier, il jugeait avoir assez fait pour son petit-fils en ne découchant plus que dans la journée. Se cloîtrer en outre à domicile, par ces belles soirées d'été, lui paraissait un sacrifice au-dessus de ses moyens.