Et, à cette lugubre liquidation, Gégé, pour la première fois, sentait aussi clairement tout son bonheur depuis trois mois.
Certes, la minute d'avant, il ne s'estimait pas à plaindre; mais il ne se serait jamais jugé si heureux. Cette catastrophe était pour lui une vraie révélation.
Il n'y pouvait pas croire. Alors, quoi! véritablement, cela allait recommencer? Il faudrait replonger dans la tourmente, redevenir un pauvre petit diable, ballotté au gré des scènes, des querelles, et que personne n'aimerait plus! Car, lorsque les parents se détestent, est-ce qu'ils ont le temps de vous aimer? On les gêne, ils vous renvoient pour se disputer tranquillement: «Tout à l'heure, Gégé!»
A ce souvenir amer, il eut une nouvelle crise de larmes. Oh! pour qu'ils continuent à l'aimer bien fort comme ils faisaient depuis le divorce, qu'il aurait de bon cœur donné et l'Alouette et le poney et tous les plus beaux cadeaux du monde!... Mais voilà, il n'avait pas le choix! Dans les affaires de ce genre, on ne demande pas leur avis aux petits garçons. Il ne leur reste qu'à se taire et à obéir. Voilà!... Si seulement encore, il avait été hardi, et débrouillard comme certains de ses camarades, comme Ribermont, par exemple, peut-être bien s'en serait-il tiré, eût-il découvert un remède... D'ailleurs, au fait, pourquoi ne pas aller le consulter, ce malin de Ribermont? Il aurait sûrement une idée, lui!... Et Gégé cessant incontinent de pleurer ne songea plus qu'à effacer les traces de ses larmes. Puis, bien lotionné, bien séché, les paupières normales, le sourire aux lèvres, il redescendit.
—Où vas-tu donc?—demanda Mme Taillard, qui était restée à broder dans le jardin.
—Chez Ribermont, maman.
—Comment! ce n'est pas l'heure de son travail?
Gégé, qui n'avait pas prévu la question, trouva d'emblée son premier mensonge:
—Oh! je vais simplement chercher un livre que je lui ai prêté...
En entrant chez son camarade, il dut renouveler la même justification à Mme de Ribermont, qui traversait le vestibule.