Gégé, sans se faire prier plus, repoussa sa chaise et vint tendre la joue à son grand-père, puis à sa mère. Mme Taillard l'embrassa sommairement:
—Sauve-toi, mon chéri... Je monterai tout à l'heure te redire bonsoir dans ton lit...
Sous la surcharge de cette bonne promesse, Gégé gravit lourdement l'escalier. Cette fois, plus à reculer! Ce serait pour ce soir! Dans quelques minutes il faudrait mentir, mentir tout haut, mentir pour de bon, mentir! Il se répétait machinalement à mi-voix le mot abominable, sans même plus chercher quels mensonges il ferait ni comment il les accorderait: «Mentir! Mentir!»
Il se déshabilla d'une main tâtonnante. Et, comme il grimpait dans son lit, il entendit sur le palier des pas légers, puis des étoffes soyeuses frôlant le tapis du couloir.
Sa mère approchait. Elle allait entrer. Que lui dire?
—Eh bien, mon pauvre Gégé!—soupira Mme Taillard en se penchant sur le lit.—J'ai compris, n'est-ce pas?... Ta fatigue n'était qu'un prétexte... La vérité, c'est que tu m'apportes des mauvaises nouvelles?
Roger, étendu sur le dos, le regard en fuite, approuva de la tête.
—Voyons, comment ça s'est-il passé? Quand lui as-tu parlé?
Gégé, la voix chancelante, improvisa:
—La semaine dernière, un matin, à cheval, dans la forêt...