—Qu'importe?... Dites-la! fit M. Raindal, qui reperdait un peu de son ton d'indulgence.
—Non, je n'aurai jamais le courage!...
Elle hésitait encore, les yeux dans les yeux du maître. Enfin elle se décida à parler, car la voiture stoppait à la porte de M. Raindal.
Voici: elle aurait souhaité, si elle ne le dérangeait pas trop, que le maître consentît à venir rue de Prony une fois par semaine, le jeudi, ou même deux fois par mois, non pas lui donner des leçons, non, Zozé ne se serait pas permis une demande aussi impudente, mais causer avec elle, comme cela, en ami, la diriger dans ses études, lui indiquer ce qu'il fallait lire...
—Vous comprenez... Je sais bien que c'est très indiscret... Pourtant, si vous vouliez, vous me feriez tant plaisir!... Vous ne voulez pas, cher maître?
Elle avait posé légèrement sa main gantée de blanc sur le genou du maître dans un geste familier, sans calcul de coquetterie, comme sur le genou d'un bon grand-père,—de l'oncle Panhias, par exemple, quand elle en implorait quelque chose. M. Raindal intimidé n'osait retirer son genou. Et, à voir ce petit être élégant courbé devant lui dans une attitude si ingénue et si humblement quémandeuse, il ressentait une sorte de trouble agréable qu'il prenait pour du regret, pour de l'attendrissement.
—Hum! Madame! murmura-t-il d'une voix redevenue affable... Hum!... Je serais désolé de vous mécontenter... Néanmoins, vous devez vous rendre compte que mes obligations, mes travaux...
—Oh! je sais, je sais! fit Zozé avec une feinte résignation.
Il y eut un temps. M. Raindal considérait à travers la buée les silhouettes molles des passants, sans se résoudre aux paroles d'adieu.
Mais subitement il tressaillit comme sous le coup d'un élancement.