M. Raindal, à l'énoncé de ces mots, eut une violente contraction de la mâchoire.

—Ah! permets! fit-il... Non, mais, permets, mon enfant... Tu t'égares... Tu oublies un peu à qui tu parles... Et tu me reconnaîtras le droit de te dire, avec ma vieille expérience, qu'en fait de gens je suis peut-être aussi bon connaisseur que toi... Tu m'accorderas peut-être également que jusqu'ici j'ai mené ma vie d'une manière dont ni toi ni moi, nous n'avons à rougir, n'est-ce pas?

Thérèse, sans répliquer, feignait de feuilleter un livre. Il reprit d'un ton adouci:

—Va, crois-moi, fillette!... Laisse ces théories et les autres à ton excellent oncle Cyprien... Dis-moi que Mme Chambannes te déplaît, dis-moi que sa société t'inspire de la répulsion, de la défiance... N'aie pas peur! Si tes impressions sont justifiées, je serai le premier à m'en apercevoir et à régler là-dessus ma conduite... Mais au moins ne cherche pas à te faire ni à me faire illusion, à transformer en vues sociales tes animosités personnelles... Ce sont là des procédés indignes de toi, indignes de ta culture, de ta valeur intellectuelle... Tu le sais bien, au fond...

Il lui souriait, avec un regard d'appel:

—Allons, viens m'embrasser!...

La jeune fille s'approcha en tendant son front. M. Raindal y déposa un long baiser, tandis qu'il la serrait fortement dans ses bras.

—Hé là, rions donc! exhortait le maître, car le visage de Thérèse, quoique apaisé maintenant, demeurait inerte et songeur.

Un sourire oblique desserra ses lèvres.

—C'est cela! Parfait! fit M. Raindal, en exagérant la satisfaction que lui causait cette grimace incomplète.