Le déjeuner fut silencieux. M. Raindal évitait les yeux de Thérèse. Il éprouva un secret petit contentement, quand il sut qu'elle sortait après le repas, pour se rendre à la Bibliothèque. Sans s'expliquer pourquoi, il préférait qu'elle fût absente au moment de son départ.

Vers quatre heures, il passa une redingote de cérémonie en drap lisse, puis une paire de gants neufs dont le cuir gris collait à ses doigts. Il se hâtait, par crainte de manquer l'omnibus. Mais en bas les trottoirs étaient salis de boue. Il appela un fiacre.

IX

Mme Chambannes l'attendait dans le fumoir aménagé en salle de travail.

Au centre, on avait disposé une grande table avec un tapis grenat, un encrier de cristal anglais acheté tout exprès, des cigarettes d'Orient dans une coupe et un cahier de maroquin à tranche dorée. Deux fauteuils Empire se faisaient face. Et au parfum d'iris qu'exhalait autour d'elle Zozé s'ajoutait harmonieusement cet arome d'encens qu'à travers tout l'hôtel on sentait dès le vestibule.

Mme Chambannes débarrassa M. Raindal de ses gants et de son chapeau qu'il hésitait à poser sur la table.

Ils s'assirent vis-à-vis l'un de l'autre et la leçon commença.

M. Raindal, d'abord, dicta une liste d'ouvrages que Zozé devait se procurer.

Mme Chambannes écrivait rapidement, avec de petits mouvements des lèvres. L'abat-jour rosé de la lampe électrique laissait dans l'ombre le haut de ses cheveux; mais le net ovale de sa figure restait en pleine lumière. La poudre, semée d'une touche légère, avait si bien imprégné les chairs, qu'elle semblait un velouté naturel. Les rayons y glissaient sans être reflétés comme sur la soie molle et ténue de son ample robe d'intérieur. Les teintes en étaient pâles, les dessins indistincts, cachés par des amas de dentelle crème. Et, à la blancheur de ces tons, son visage s'avivait encore d'un éclat de pureté matinale. On l'eût dite à peine vêtue, sous les larges plis de l'étoffe, et fraîche comme au sortir du bain.