—Pourquoi faites-vous la tête?

Il ne répondit pas, d'abord, mais, au bout d'un instant, il grommela:

—Est-ce qu'il va venir comme cela souvent, le kangourou?

—Je ne sais pas! murmura Zozé en réprimant un sourire... Vous n'êtes pas jaloux, au moins?...

Gérald eut un ricanement dédaigneux.

—Jaloux!... Ah! bien!... Non... Seulement il me rase un peu! Il est par trop bavard, votre petit ami!...

Et, se levant, il alla rejoindre Chambannes qui se versait de l'eau-de-vie devant la caisse à liqueurs.

M. Raindal eut un inconscient plaisir à voir la fin de ce colloque. Il examinait avec attention le jeune M. de Meuze, comme avait dit Zozé, le jeune Gérald, éclairé de près, en ce moment, par une lampe au-dessus de laquelle il se penchait pour y rallumer son cigare. Pas si jeune que cela, en dépit de l'apparence! Au coin des yeux, au coin des lèvres, au coin des narines, la lumière montrait à travers sa figure encore juvénile et ferme ces linéaments vagues, ébauches incolores des rides futures; et sur le plat de ses tempes des veines commençaient à saillir.

M. Raindal en ressentit une espèce de bonne humeur, qui le rendit confus, car il avait des prétentions à la générosité, à la grandeur de caractère. Parce que M. de Meuze manquait d'égards admiratifs, parce qu'il avait pris durant tout le dîner des mines ennuyées et maussades, était-ce une raison pour se réjouir des fatales petites décrépitudes de l'âge...

—Dites-moi, cher maître! fit Mme Chambannes, l'interrompant dans ce revirement d'équité... Si nous causions de notre fameuse visite au Louvre?...