Mais, comme ils tournaient l'angle du boulevard Saint-Germain, Bœrzell soudain eut un soupir:

—C'est dommage!... murmura-t-il.

—Quoi donc? fit Thérèse.

Il refermait son parapluie, la bruine ayant cessé.

—Rien, mademoiselle... Ou plutôt, si... C'est dommage que je ne vous plaise pas plus... Oh! même sans votre silence d'après, je m'en étais bien douté à la soirée Saulvard... J'ai bien vu cela à vos yeux quand vous êtes partie... Et cependant, vous me croirez si voulez, plus je cause avec vous, mademoiselle, plus je me convaincs que nous aurions fait un excellent ménage...

Thérèse, à l'imprévu de cette déclaration, ne put réprimer un petit éclat de rire:

—Nous? dit-elle.

—Oui, nous, parfaitement, nous!... poursuivait Bœrzell, avec un avancement bougon des lèvres qui ajoutait quelque chose de puéril à sa figure d'enfant barbu... Inutile, n'est-ce pas? entre gens de notre espèce, de jouer la comédie... On nous présentait l'un à l'autre afin de nous marier. Or supposez, mademoiselle, que je vous aie plu, à ce bal...

Il s'arrêta pour la regarder:

—Et vous comprenez bien ce que signifie ce mot «plaire». Pardieu, je n'espérais pas que vous alliez du coup tomber amoureuse de moi... Non... Ainsi, vous, vous me plaisiez: c'est-à-dire que vous m'inspiriez une profonde sympathie... Je pensais: «Voici une personne de valeur, une forte intelligence, une femme comme il m'en faudrait une, la compagne et l'amie à qui je pourrais me confier, demander conseil, sans craindre de me heurter à de la niaiserie ou à de l'indifférence...» Eh bien! supposez que vous eussiez pensé de même sur mon compte, cela suffisait... Nous nous épousions et j'étais heureux!