M. Raindal riposta sans entrain:
—Oui, il faisait trop chaud dans ce petit salon... J'ai laissé votre femme avec M. de Meuze, le jeune, ou enfin, le fils, si vous aimez mieux...
Chambannes ne semblait pas frappé par cette révélation. M. Raindal le jugea un peu benêt. Ils rentrèrent ensemble au premier tintement de la sonnerie d'entr'acte.
Zozé était seule dans la loge. Elle accueillit le maître d'un rayonnant sourire de bienvenue.
—Bonne promenade?
—Pas mauvaise! fit M. Raindal que tant de charme désarmait.
Néanmoins, il garda une figure revêche durant tout le troisième acte. Il ne cessait de songer à Gérald. Ce jeune homme, au surplus, ne lui avait jamais été que médiocrement sympathique. Fat, bellâtre, des mines impertinentes que ne justifiaient guère une intelligence fort pauvre, des opinions banales, un rare manque de lettres, rien en lui n'était de nature à conquérir M. Raindal. Et puis—le maître s'accrocha à ce souvenir avec ténacité—et puis n'évoquait-il pas au physique Dastarac, ce gredin de Dastarac? N'avait-il pas, à la soirée Saulvard, fait échouer l'excellent Bœrzell? C'était de là, à n'en point douter, que provenait l'antipathie première. Sottise de chercher plus loin! M. Raindal ne chercha donc pas.
A peine essayait-il de suivre les regards de Zozé à travers l'immense nef, d'en découvrir l'aboutissement. Difficile poursuite. Ils étaient si incertains, si fuyants, ces regards, ils embrassaient de leur tendresse tellement de personnes et d'espace! Après quelques tentatives infructueuses, le maître renonça.
—Et où est placé M. de Meuze? interrogea-t-il seulement, d'un ton d'insouciance.
—M. de Meuze?... A l'orchestre, je crois... Mais il ne doit plus y être... Il allait finir la soirée chez des amis...