Il continuait. Mme Chambannes déclara ces vers très jolis. Elle voulait connaître le nom de l'auteur.

—C'est de Vigny, madame! fit M. Raindal en la rejoignant dans l'arrière-salon de la loge.

Chambannes était sorti. Ils demeuraient en tête à tête. M. Raindal se demandait s'il ne conviendrait pas de réitérer le baiser du matin, ne fût-ce que pour signifier à Mme Chambannes la persistance de ses velléités nouvelles. Par un reste d'irrésolution, il préféra s'en tenir à la causerie littéraire.

Mais comme il se mettait à raconter les poignantes amours de Vigny et de Mme Dorval, brusquement la porte s'ouvrit. Sur le seuil de la loge, se dressait un grand jeune homme brun dont M. Raindal ne vit d'abord que la moustache noire et les larges prunelles railleuses.

—Tiens, monsieur de Meuze!... Entrez donc! s'écria avec aisance Mme Chambannes.

Pourtant elle avait rougi; et, d'entre ses paupières, il partait vers Gérald des œillades si caressantes, si réjouies et si humbles, que M. Raindal du coup se sentit mortifié. Il voulut se mêler à la conversation, critiquer les interprètes, louer la musique. Les mots se dérobaient. Une crue soudaine de méchante humeur avait noyé sa verve. Il se leva.

—Vous sortez, cher maître? interrogea Zozé.

—Oh! une minute, pour me dégourdir, prendre l'air...

Involontairement il avait claqué la porte. Il erra au hasard par les couloirs jusqu'au loggia de l'escalier.

—Vous! s'écria Chambannes en venant à sa rencontre.