—Voyons, cher maître, questionna-t-elle, que diriez-vous de venir passer quelques semaines aux Frettes?... Cela ne dérangerait-il pas trop vos habitudes?...
M. Raindal avait redressé son front congestionné:
—Moi?... Non! Pas du tout! fit-il avec la sensation d'une onde réconfortante qui lui baignait le cœur... Seulement, il y a ma femme, ma fille...
—Elles viendraient aussi!...
—Croyez-vous? fit le maître d'un ton dubitatif.
—Certainement, à moins qu'elles ne refusent, qu'elles n'aient des raisons pour cela!
M. Raindal se taisait, le visage déconfit, et, se cabrant contre un besoin de dénoncer ses bourreaux domestiques:
—Des raisons! s'écria-t-il enfin... Pardieu, elles n'en ont aucune... pas la moindre!... Pourtant vous les connaissez vaguement... Ma fille, une sauvage; ma femme une dévote... En présence de tels caractères, on est toujours sur le qui-vive... De toutes façons j'essaierai, ma chère amie, et vous devinez avec quel zèle, avec quelle vigueur d'affection...
Il s'autorisa de cette période éloquente pour rembrasser la main de Zozé. La véhémence de son engagement soutint, la soirée durant, ses espoirs. Au surplus, jamais encore il n'avait affronté la lutte. Il l'avait plutôt esquivée, ajournée par la patience et par la ruse. Savait-on ce que donnerait, dans une rencontre ouverte, l'élan de ses griefs et de ses désirs retenus pendant tant de mois!