Il avait saisi son tricycle par le guidon et le manœuvrait autour de la pièce, pour en expérimenter les roulements. Puis il ajouta:

—En résumé, tu m'as bien compris?... Je ne te refuse pas... Je te soumets le problème... Estimes-tu, la main sur la conscience, que j'ai des chances de succès?... Si oui, le temps de mettre mon chapeau et je suis en route... Si non, il vaudrait mieux ne pas m'exposer, pour le plaisir, à un camouflet inutile... Réfléchis!

—C'est tout réfléchi, mon oncle! fit Thérèse en domptant un sourire dédaigneux... Je finis par penser comme toi... Il est plus convenable que tu ne paraisses pas dans cette triste affaire...

M. Raindal cadet dévisageait sa nièce d'un coup d'œil défiant.

—Ho! ho! mademoiselle, nous sommes vexée, on dirait?... Je suis encore à tes ordres... Mais, crois-moi, ne t'emballe pas... Considère la question à tête reposée... Et je te parie une discrétion contre une boîte de cigares que pas plus tard que dans deux jours, tu donneras raison à ton vieux scélérat d'oncle!...

Il l'attirait entre ses bras et la baisant au front:

—Du reste, qui nous dit que cet engouement durera?... Ton père s'est emporté, parce que vous le contrecarriez, et que les Raindal ont horreur de la contradiction... Soupes au lait!... Sitôt retirées du feu, elles tombent... Et tu viendrais ce soir m'apprendre que tout est arrangé, que ton père va avec vous à Langrune, baste! je n'en serais pas autrement étonné!...

Ils arrivaient sur le palier. Thérèse serra mollement la main de son oncle.

—Oh! cette main en coton! protesta M. Raindal cadet... Voulez-vous donner la main un peu mieux?

Thérèse lui obéit.