—Ainsi, ces dames n'ont pas voulu? dit-elle malicieusement, après les premières paroles de bonjour.
—Non, chère amie... Pas moyen de les entraîner... Du reste, je n'ai pas trop insisté... La mer est fort salutaire pour Thérèse...
—Elles doivent me détester, avouez-le!
M. Raindal, qui rougissait, affecta de ricaner:
—Heu! heu! Je ne vous dirai pas que ce départ se soit effectué sans certaines objections de part et d'autre... Ces dames ont leurs idées... Moi, j'ai les miennes... Et vous savez que ce ne sont pas toujours les mêmes...
Puis il ajouta d'un ton plus fanfaron:
—Seulement, elles ont pour habitude de respecter mes volontés et, somme toute, la séparation s'est opérée mieux que je ne l'espérais, malgré la scène regrettable dont, à Paris, je vous avais touché deux mots... Enfin, me voici!... N'est-ce pas l'important?...
Il y eut une pause. Zozé, le visage railleusement songeur, s'était arrêtée sur le seuil de la gare. Un tonneau de bois jaune attelé d'un poney bai, à crinière rase, attendait contre le trottoir. Firmin, le valet de chambre, qui se tenait à la tête du poney, salua discrètement le maître.
—Tenez, Firmin! dit Mme Chambannes... Gardez le bulletin de M. Raindal... Vous vous occuperez de ses bagages, et vous les ramènerez avec la carriole que j'ai commandée chez le loueur...
Elle s'installait dans le tonneau, assise de trois quarts, face à la croupe du cheval dont elle avait saisi les rênes. Le maître prit place vis-à-vis. Zozé caressait d'un léger coup de fouet les flancs du poney. La voiturette dévala par la cour inclinée, tanguant au choc des aspérités. Quelques curieux, campés au bord du trottoir, avaient en la regardant partir un sourire à demi narquois.