Au bout d'un petit quart d'heure, la voiture s'engagea dans l'avenue, semée de gravier, qui conduisait au perron des Frettes.

Des arbres l'encadraient et soudain la maison surgissait,—une vaste construction moderne avec des parois blanches que tranchait, à deux ou trois fenêtres, la tenture bise des stores.

Devant, une large pelouse était incrustée, dans les angles, de rosiers, de dahlias et de flox variés en corbeilles. Puis aussitôt, le parc commençait, sombre, touffu, sans bornes apparentes et longeant, sur une longue distance, la route départementale dont une muraille le séparait.

A droite, à gauche de la maison, des arbres encore s'enlaçaient, masquant de leurs branchages la campagne d'au delà, formant une clôture épaisse jusqu'en arrière du bâtiment, autour d'une autre pelouse, semblable à un petit pré où le filet d'un tennis cintrait le réseau de ses mailles flasques. «Pour jouir de la vue», comme disait Mme Chambannes, il fallait gagner le second étage.

—L'étage de votre chambre, cher maître, et juste, votre côté, en face de la pelouse du tennis... Une vue superbe, vous allez voir.

M. Raindal la suivit dans l'escalier qu'emplissait une odeur d'iris.

Zozé poussa la fenêtre. Une grande rafale de vent doux entra. Le maître accoudé au balcon contempla lentement le paysage.

Par-dessus les arbres, l'immensité de la plaine inférieure se découvrait à l'infini. Les villages avec leurs clochers semblaient des points topographiques marqués, comme sur la carte, d'un dessin puéril. Sur la gauche, les coteaux adverses bombaient leurs pentes quadrillées de cultures jaunes, brunes ou vertes. Et dans le bas, sans qu'on la vît, on devinait la Seine dont une boucle au fond scintillait en forme de serpe.

—N'est-ce pas que c'est joli? fit Mme Chambannes qui, contre l'appui du balcon, touchait de son coude dodu le coude de M. Raindal.

—Fort beau! déclara le maître.