Et il murmura, en tournant le regard vers Zozé:
—Je suis bien heureux, ma chère amie, bien content d'être près de vous!
Elle remercia, de profil, par un sourire candide. A la pleine lumière, la clarté de son teint s'avivait. On y discernait les subtiles nuances finement superposées en un mélange diaphane. Le jour pénétrait la batiste de sa blouse, et un reflet rose-pâle haletait sous l'étoffe. M. Raindal, par devers lui, détailla tous ces charmes. Insensiblement, sans le savoir, il appuyait son coude à celui de la jeune femme. Il s'apprêtait même à saisir la main de sa petite élève—opération toujours périlleuse qu'il ne risquait jamais que par un élan d'audace,—mais, d'un coup, la porte s'ouvrit.
La tante Panhias entrait, escortée par un domestique qui portait sur l'épaule la malle de M. Raindal.
Dès lors, jusqu'au lendemain, le maître et Zozé ne furent plus seuls. La malle déballée, les visites se succédèrent: Mme Herschstein, Mme Silberschmidt avec une de ses cousines de Breslau, et, à cinq heures, l'abbé Touronde.
On se réunit alors, à l'abri d'une sorte de clairière ombreuse, encerclée de tilleuls et de basse futaie,—qui s'ouvrait dans le parc, un peu après l'entrée, sur le flanc de l'allée principale. Au centre de ce vide circulaire, le champignon d'une table en pierre était fiché dans le sol.
On y déposa du thé, des gâteaux et des fruits glacés au champagne, que Zozé puisait à l'aide d'une petite louche dorée.
Les dames s'étaient assises sur de confortables sièges en jonc, qui avaient toutefois le défaut de crier au poids des personnes trop lourdes. M. Raindal adopta de préférence un rocking-chair solide, dont le balancement l'amusait.
La causerie se poursuivit à travers des sujets faciles jusqu'au retour de l'oncle Panhias, qui rentra de Paris sur le coup de six heures et demie. Au moment de partir, l'abbé Touronde avait obtenu du maître qu'il viendrait, dans la semaine, visiter son orphelinat.
Le dîner fini, M. Raindal demanda la permission de se retirer. Il se disait fatigué par cette journée d'installation. Mme Chambannes l'encouragea à s'aller reposer.