Avant de se coucher pourtant, il inspecta sa chambre. Tout y était aménagé avec un raffinement parfait d'élégance campagnarde: les meubles en frêne à poignées de cuivre, les cretonnes anglaises du baldaquin et des rideaux, voire les simples cristaux de la toilette et les sachets de lavande disséminés dans les tiroirs ou sur les planches de l'armoire à glace.

Les draps du lit fleuraient l'iris, un iris plus grossier, mais au relent plus sain que celui dont se servait personnellement Zozé. M. Raindal huma avec persistance cette senteur insolite où baignait son corps; puis il souffla d'un trait sa bougie.

Il allait s'endormir. Un bruit de pas, au-dessous, lui fit, dans le noir, distendre les paupières. Qui était-ce? Sa petite élève, sa chère amie? Quel flatteur et rare agrément de dormir sous le même toit qu'elle!... A différentes reprises, le maître se retourna dans son lit. Tumultueuses et indécises, mille images lui montraient Zozé. Il soupirait, s'impatientait contre cette captivante insomnie. Le grand air, probablement, la surexcitation du grand air! A la fin il s'y résigna. Étendu sur le dos, il contemplait sans résister le défilé de ses songeries fiévreuses. Elles s'accentuaient plus qu'il n'aurait fallu, lorsque par bonheur le sommeil les balaya toutes.


Le matin, vers dix heures, Mme Chambannes proposa au maître une promenade en tonneau.

Ils partirent avec Anselme, le cocher, qui se tenait raide et respectueux, malgré les cahots, dans l'angle de la charrette, près de l'étui à parapluies.

La matinée était limpide et fraîche, de cette fraîcheur d'août, tiède encore entre les ardeurs de la veille et celles de la journée, mais d'été quand même, rassurée, et sans rien de frileux qui annonce le froid.

Zozé conduisait, les mains hautes, les regards à l'aise et pivotant au gré de la causerie, tandis que le poney trottait de toutes ses forces, en secouant la croupe.

Vingt minutes plus tard, on eut atteint la montée sous bois qui précède la minuscule forêt de Verneuil. Le poney se mit d'instinct au pas. De grosses mouches jaillissaient en essaim sous ses fers. D'autres se collèrent goulûment à son encolure ou à ses flancs rebondis.

La futaie se diversifiait des plus harmonieuses couleurs. Clairsemée en certains endroits, elle semblait toute blanche par les rangées des minces bouleaux argentés. Plus loin, elle offrait des espaces entièrement roses que la bruyère sauvage avait envahis. La masse sombre des pins, qui dominait partout, se clarifiait aussi de jeunes pousses vert tendre; et leurs fines aiguilles, apportées par le vent, séchaient éparses dans la poussière.