M. Raindal affecta la pitié, le bon vouloir. A peine essayait-il un baiser ou deux, par contenance. Mais lui non plus n'était pas gai. L'oncle Panhias, courtoisement, lui en adressa le reproche. Le maître feignit de s'étonner. Non, franchement, il n'avait nulle raison d'être triste; et pour prouver son insouciance, il ricanait en se tapant la poitrine:
—Ha! ha! Moi pas gai! Ha! ha! Et pourquoi ne serais-je pas gai? Ha!...
L'image de Gérald retraversait, plus vivace, son esprit: le petit rire du maître s'arrêta net, comme brisé en deux par un choc.
XVII
Le lundi soir, après dîner, on passa au salon pour prendre le café.
Zozé inaugurait une robe en mousseline bleu de lin, dont le corsage échancré laissait à nu son cou cerclé d'un double rang de perles. Le marquis était en habit et cravate blanche, Gérald en smoking avec une rose jaune à la boutonnière. Et il émanait d'eux comme un reflet de fête.
Les hautes croisées de la pièce étaient demeurées ouvertes. Elles donnaient de plain-pied sur la terrasse du pourtour. Par l'écartement de leurs battants, on apercevait la pelouse et les corbeilles, l'amas touffu des arbres du parc. Le jour ne se retirait qu'à regret. Ses clartés grises semblaient, dans l'air, disputer à la nuit la tiède saveur de cette journée finissante.
—Jolie soirée! fit M. de Meuze qui fumait un cigare au balcon de la terrasse.
M. Raindal, assis dans le fond du salon, face à la fenêtre, lisait le journal près d'une lampe. Mme Chambannes et Gérald causaient dans l'angle de gauche sur un petit divan de cretonne. La tante Panhias servit à chacun le café, tout en maugréant contre son mari qui s'était obstiné à ne partir qu'après le dessert. Avait-on jamais vu entêtement si absurde! Dès lors que l'on se rendait au-devant de quelqu'un, n'était-ce pas le moins que de sacrifier son dessert? Et elle tourmentait Zozé pour connaître l'heure des trains, calculer les correspondances, décider si l'oncle Panhias arriverait en temps voulu!