—Alors?... interrogea la jeune femme.

Il osa la dévisager. Quoi! ces lèvres restaient fraîches après tant de souillures! Nulle trace ignominieuse ne salissait ce limpide regard! Pas même un frémissement! Pas même une rougeur! Le mensonge lavait donc tout de ses eaux scélérates! Un regain de fureur souleva M. Raindal. Sa prudence chancelait. Les phrases préparées fuyaient. Et, le regard fixe, la voix bourrue, les mains cramponnées au fauteuil comme pour y prendre plus d'élan, tout simplement il déclara:

—Je m'en vais!

—Vous partez! se récriait Zozé d'un ton de stupéfaction bien joué.

M. Raindal se ressouvint à peu près des paroles à dire:

—Excusez ma rudesse, ma mauvaise humeur... J'ai reçu ce matin, de ces dames, de Langrune, une lettre si pressante que je dois y céder... Elles me réclament là-bas, et je pars... Croyez que je suis navré!...

Il y eut une pause. Zozé se recueillait. Sûre à présent qu'il partirait, pourquoi ne pas conserver ce maintien d'innocence dont la ténacité ne pouvait que dérouter ses soupçons? Et avec un imperceptible sourire:

—Je vous crois, cher maître, dit-elle, quoique vous m'étonniez...

—Je vous étonne, chère madame? fit sournoisement M. Raindal dont le cœur battait plus fort.

—Voilà... J'étais en bas, ce matin, quand le facteur est venu... Il m'a remis tout le courrier et il n'apportait pas de lettre pour vous!...