M. Raindal se taisait par bravade, dédaignant de se disculper, ne niant pas sa supercherie.

—Voyons, cher maître! reprit doucement Zozé... Puisqu'il n'y avait pas de lettre, qu'est-ce qui vous fait partir? Quelqu'un vous a mécontenté?... On vous a froissé sans le savoir?... Qui, dites-moi qui, je vous prie?

Et ses yeux, alentour, semblaient chercher le fautif, le vilain, le méchant qui avait contrarié son cher maître. M. Raindal l'observa un instant, les lèvres convulsées de dégoût.

«Qui, dites-moi qui?» se répétait-il mentalement. C'était trop de fourberie et trop d'impudence, à la fin! Il repoussa son fauteuil, les mâchoires distendues, prêtes à mordre, à lâcher tout leur faix de questions, d'outrages et de reproches! Mais d'un effort, il se maîtrisait; et, marchant devant Zozé, allant, revenant, sur un court espace de dix pas, il proféra d'une voix que la fureur hachait:

—Ne me demandez rien, chère madame, rien, ce serait inutile!... Je dois partir et je pars... Je ne puis vous en dire plus... Je ne sais si vous me comprenez, et je souhaite que vous ne me compreniez pas... Oui, je le souhaite de toute mon âme... Hélas! au contraire, je crains bien que vous ne m'ayez compris...

—Mais, cher maître!... protestait Zozé.

—Bon! bon! chère madame!... Vous ne me comprenez pas?... Tant mieux... Vous me comprendrez plus tard, à la réflexion... Je vous prierai uniquement de m'éviter toute lutte, de vous prêter à mon petit stratagème: la lettre reçue, vous savez, la lettre que je n'ai pas reçue... Car ma résolution est irrévocable... Je partirai cette après-midi... Rester ici une journée de plus me mettrait au supplice... Je ne peux pas!... Je ne peux pas!

Il suffoquait. Zozé s'était levée et lui avait saisi la main sans qu'il se dérobât à l'étreinte:

—Je ne vous comprends pas, cher maître... Vous êtes libre... Je n'ai pas le droit de vous retenir... Pourtant, je vous demande pardon si je vous ai offensé! fit-elle d'un accent ému, où la simulation n'était que pour moitié.

M. Raindal détourna la tête. Il ne voulait pas qu'elle vît ses yeux chargés de larmes. Il dégagea sa main, et, feignant d'examiner la pelouse, le parc, les nuages: