Le lendemain matin vers onze heures, Mlle Clara Lancret, plus connue dans les cabarets de nuit sous le surnom de l'Irlandaise, se penchait à la rampe de son palier pour regarder quelqu'un descendre.

—Dites donc, monsieur! cria-t-elle soudain, dans un élan de rappel discret... Vous reviendrez, n'est-ce pas?

Et le «Monsieur»—c'est-à-dire M. Eusèbe Raindal, membre de l'Institut, officier de la Légion d'honneur, auteur de la Vie de Cléopâtre et de plusieurs autres ouvrages capitaux—le «Monsieur» répliqua d'une voix faible qu'assourdissait encore la distance des étages:

—Oui, oui, certainement, je reviendrai!...

Quelle déchéance! Quelle turpitude! Il avait suivi cette fille brune, manqué son train, perdu tout respect de soi-même! Ah! si sa famille, si Zozé le voyait dans cet escalier sordide s'enfuir sous les tendresses de Clara l'Irlandaise!... Et où aller maintenant? Que faire jusqu'au départ?

Il stationnait au bord du trottoir, essayant de déchiffrer, sur l'écriteau d'émail, le nom de la rue—rue d'Ams... rue d'Amsterdam—qu'il avait oublié. Il se sentait la tête pesante, la langue pâteuse, une envie de se rendormir.

«Si j'allais voir Cyprien!» songeait-il en se raidissant contre le sommeil.

Il appela un fiacre. Mais rue d'Assas, l'oncle Cyprien était sorti avec son tricycle.

—Il n'y a pas trois minutes! affirmait la portière.

Effectivement, l'oncle Cyprien s'arrêtait deux cents mètres plus loin, rue de Fleurus, devant la maison de Johann Schleifmann.