L'oncle Cyprien s'était rapproché pour lui serrer la main:
—Vous êtes un très gentil ami, Schleifmann, dit-il... Je vous remercie bien... Cela «fournirait» vingt, oui, c'est-à-dire environ vingt pour cent, de quoi prendre des arrangements qui me feraient traiter par les uns d'honnête homme et par les autres de filou... Mais après, mon ami, après, comment vivrais-je? Je n'aurais plus le sou, plus un rotin... Il faudrait chercher une place, et, ce qui est plus malaisé, la trouver... Non, voyez-vous, je n'aurais pas la patience... Je préfère en finir tout de suite!...
—Vous parlez comme bêta! se récria Schleifmann... En finir!... Et pourquoi?... En voilà, un rentier! Tous travaillerez, diable!...
—Je travaillerai! bougonnait l'oncle Cyprien... Je travaillerai si on me donne du travail!... Et un homme de mon âge qui a sauté à la Bourse, ce n'est pas précisément une recommandation, vous savez!
Schleifmann grattait d'un air songeur son épaisse tignasse grise:
—Voyons, mon cher Cyprien! fit-il au bout d'un instant... J'ai une idée... Est-ce que, si on vous accordait le délai en question vous seriez capable de rétablir vos finances?...
—Je ne puis rien promettre! fit l'oncle Cyprien... Mais il y aurait des chances... Le krach ne durera pas... De tous les côtés on affirme qu'il est dû à une manœuvre de la bande noire... D'ici quinze jours, tout peut changer... En tout cas, claquer pour claquer, il serait plus chic de s'être défendu jusqu'à la fin...
—Et, naturellement, vous rejoueriez?...
—Non, Schleifmann, je ne rejouerais pas... Je conserverais ma position, comme ils disent, ma superbe position, et je regarderais venir!...
—Vous me le jurez sur la tête de votre neveu, Mlle Thérèse?...