—Et M. de Meuze, riposta hargneusement le Galicien... M. de Meuze qui vous a poussé là-dedans, est-il juif, lui?...
—Non, en effet, concéda l'oncle Cyprien, il n'est pas juif... Seulement, il est enjuivé, ce qui revient au même...
—Et moi qui suis juif, et qui vous avais toujours dit de ne jamais toucher à ces saletés-là, est-ce que...
—Vous, c'est différent! interrompit l'oncle Cyprien... Vous êtes un bon juif!...
Schleifmann, comme de coutume, à cette réplique, ne put dissimuler un geste de mécontentement. M. Raindal cadet regrettait sa maladresse et, afin de détourner, aussitôt il se prodigua en indications minutieuses, en renseignements topographiques sur le plan de la Bourse et l'endroit où siégeait son Pums.
—En outre, ajoutait-il, attention aux farces des commis... Il est vrai qu'aujourd'hui on ne sera probablement pas à la plaisanterie... Cependant, prenez garde aux blagues de ces messieurs... Ainsi, moi, la première fois que je suis allé à la Bourse, ne s'étaient-ils pas avisés de me glisser, sous le col de ma jaquette, une flèche de papier avec écrit dessus en grosses lettres: Cocu!... Je sais bien que cela n'a pas d'importance... Mais, sur le moment tout de même, c'est quelquefois très ennuyeux!...
La voiture s'arrêtait devant la grille du monument.
—Je vous guette ici! cria M. Raindal cadet au Galicien qui s'éloignait... Bonne chance pour nous deux et bon courage, mon cher!
Là-haut, sous la colonnade, au sommet des marches, c'était la morne Bourse des journées de débâcle. Pas un rire, pas une causerie, nul éclat de voix joyeuses. Sur les visages, des teintes blafardes, les plus braves s'essayant à railler, se convulsant les traits en sourires menteurs, plus hideux qu'une grimace. Et, dominant ce lugubre mutisme, les vociférations des commis, les surenchères de baisse, la clameur monotone des ventes, des ventes à tout prix. On vendait.
Une malencontreuse méprise entraîna le Galicien juste au milieu du groupe des commis aux Mines d'Or.