L'antichambre de la Banque était remplie de solliciteurs quand le Galicien y pénétra: remisiers, teneurs de carnet, courtiers de toute sorte, les uns assis, le regard vers leurs chaussures, dans une pose méditative, les autres debout causant à plusieurs dans les coins, dans l'embrasure des fenêtres, avec cette voix mesurée qu'on a près d'une chambre d'agonisant.
Seul, l'huissier en livrée verte, derrière sa tribune de chêne, semblait indifférent aux soucis d'alentour et parcourait d'un œil placide le feuilleton du Petit Journal.
Il leva un peu les paupières pour déchiffrer la carte que Schleifmann glissait devant lui, et, recommençant sa lecture:
—C'est bon, monsieur... Si vous voulez vous asseoir!...
—Je ne veux pas m'asseoir! fit Schleifmann qui se contenait... Je vous prie de remettre ma carte à M. Pums, et tout de suite, n'est-ce pas?
—Impossible, monsieur... M. le sous-directeur est en conseil. Il a donné l'ordre qu'on ne frappe pas jusqu'à ce qu'il ait sonné...
Et désignant de la main les courtiers assemblés:
—Du reste, tous ces messieurs sont à passer avant vous!
—Je ne sais pas si ces messieurs—et la voix du Galicien devenait rogue—je ne sais pas si ces messieurs passeront avant moi... Mais je vous prie encore une fois de remettre ma carte... Vous direz à M. Pums qu'il s'agit d'une affaire grave, de la vie d'un homme...
L'huissier dévisagea Schleifmann. Ces propos dramatiques, ce chapeau hérissé, cette cravate de travers, cet accent étranger,—un pauvre diable, un mendiant juif, sans doute! Et dédaignant de répondre, il retournait à son feuilleton.