Schleifmann ne lâchait pas la trame de ses arguments:

—Cependant, ces imbéciles, ces misérables, demain, après-demain, vous les reverrez, vous recommencerez à les voir...

—Qu'est-ce que vous racontez? s'écriait Pums pour masquer son hésitation... Si je les reverrai?... Oui, je présume. Mais je vous garantis que je ne leur mâcherai pas mon opinion, et en ce moment, tenez, si j'avais l'un d'eux sous la main...

—Eh bien, ça va! criait en allemand une voix cordiale derrière Schleifmann.

Pums n'acheva pas sa phrase. Il blémissait sinistrement,—ses prunelles chocolat plus hagardes encore et plus exorbitantes, à croire qu'elles allaient bondir. Schleifmann se retourna et reconnut Herschstein.

Il entrait par une porte latérale, le chef de la bande noire, chapeau sur la tête, souriant, sans frapper, comme chez lui, en maître; et, dans sa barbe grise de patriarche, la brillantine luisait en remous argentés.

Il eut, à la vue de Schleifmann, un recul de prudence dont s'altéra soudain sa face vénérable:

—Ah! vous êtes occupé! murmurait-il d'un air modeste.

Pums, qui classait studieusement des papiers, ne répliqua pas. Schleifmann les contemplait l'un et l'autre, tour à tour, le regard flamboyant de mépris.

—Eh! monsieur Pums! commanda-t-il d'un ton goguenard. Je vous attends... En voici un... Allez-y... Ne lui mâchez pas votre opinion.... Ne la lui mâchez donc pas!... Hein?... Vous ne vous souvenez plus? Patience, monsieur Herschstein... Cela va venir... M. Pums en a gros sur le cœur à vous dire... Il cherche... Asseyez-vous!...