Mlle Raindal fronça ses sourcils veloutés:
—Vous lui avez répondu que monsieur et madame étaient sortis?...
—Oui, mademoiselle, mais elle dit qu'elle voudrait voir mademoiselle... Elle est dans le salon...
—C'est bien, j'y vais!... répliqua Thérèse.
Elle jeta dans la glace, un rapide coup d'œil sur sa toilette, sa coiffure, comme une femme qui marche à une rencontre décisive. Son raide collet de crêpe faisait sa physionomie plus rogue, plus sévère, lui maintenant la tête haute comme le gorgerin d'une armure. Ses minces lèvres, dans les coins, s'arquèrent d'un sourire agressif. Ah! Mme Chambannes voulait la voir. Eh bien, soit, elle la verrait, elle l'entendrait même! On allait l'exaucer, cette dame, et au delà de ses vœux, peut-être!
Thérèse ouvrait la porte du salon. Mme Chambannes en robe noire, gants noirs, chapeau noir, se leva lentement. Et ce fut, de part et d'autre, un cérémonieux salut de la nuque, avec des regards qui s'épiaient, se tâtaient déjà dans une quasi prévision de lutte.
Thérèse resta debout sans prier Zozé de s'asseoir. Mme Chambannes murmura d'une voix hésitante:
—J'étais venue dire à M. Raindal tout le chagrin que nous avons eu de son malheur...
—Je vous remercie, madame! fit sèchement Thérèse... Mon père est à la maison mortuaire... Je lui transmettrai vos condoléances, sitôt qu'il rentrera...
Elle se taisait. Mme Chambannes poursuivit plus timidement: