Vers l'aube, l'interne les réveilla tous. L'agonie avait commencé. Elle fut longue. L'âme insoumise de l'oncle Cyprien s'insurgeait contre la mort, comme elle s'était rebellée contre la vie. Etouffé par le sang, il voulait respirer, vivre encore; et son bras valide repoussait l'asphyxie d'un geste impératif qui semblait s'indigner.

Enfin le souffle lui manqua. Il soulevait d'un suprême effort sa face violette, ses lèvres torves, et il s'abattit en arrière, vaincu, immobile, délivré.

Mme Raindal s'était précipitée à genoux et priait, en larmes. Schleifmann, accoudé au marbre de la cheminée, la main contre les yeux, psalmodiait à mi-voix des paroles hébraïques. Thérèse sanglotait sur l'épaule de son père.

L'interne ouvrit la fenêtre et rejeta les volets par où glissaient déjà des rayonnements dorés.

Avec la fraîche splendeur de la clarté matinale un hourvari de gazouillements jaillit dans la pièce.

C'étaient les passereaux du Luxembourg qui, sur les branches, sans le savoir, pépiaient joyeusement le dernier adieu à leur vieil ami Cyprien Raindal.

XIX

Le matin des obsèques, Thérèse était dans sa chambre, occupée à trier des papiers trouvés chez l'oncle Cyprien, quand Brigitte frappa.

—C'est une dame, mademoiselle, fit la bonne, Mme Chambannes, je crois...