Il saluait, puis, se haussant jusqu'à l'oreille de M. Raindal, il chuchota:
—Vous savez, notre jeune homme est là... Un charmant garçon... Il plaira tout à fait à mademoiselle votre fille... C'est forcé.. Fata volunt!... Venez par ici, venez, mon cher collègue, et je vous amène le phénix...
D'une instinctive pression sur l'épaule, il aiguillait M. Raindal vers le coin du salon où la section des Inscriptions avait disposé ses retranchements. Quelques chaises y demeuraient libres au premier et au second rang. M. et Mme Raindal s'installèrent en arrière, Thérèse devant, entre les deux filles d'un collègue de son père. Elles étaient maigres, menues, comme un attelage étique de fiacre à galerie, et, en causant, à la dérobée, elles inspectaient sa toilette. A la voix de Saulvard qui reparaissait suivi d'un jeune homme de petite taille, Thérèse dressa la tête.
—Mon cher ami, mon cher maître, héla-t-il par-dessus les demoiselles, permettez-moi de vous présenter un de nos jeunes confrères que vous connaissez assurément de nom: M. Pierre Bœrzell...
Les deux savants balbutiaient des paroles de courtoisie que ni l'un ni l'autre n'entendit. Saulvard ajouta:
—M. Pierre Bœrzell... Mlle Raindal...
Le jeune homme esquissait un salut gauche, et, comme le prélude d'une valse déroulait ses lentes harmonies, il murmura:
—Mademoiselle, voulez-vous m'accorder cette valse?
Thérèse refusa d'un ton de sympathie:
—Non, monsieur, je vous remercie... Je ne danse pas... Mais, si vous le désirez, nous pouvons la causer, comme on dit, je crois...