—Mais, monsieur, je ne sais pas danser...
—Qu'importe? Tout dépend du danseur...
Il décochait à Mme Chambannes une preste œillade d'amitié ou d'ironie, et, comme tenant une gageure:
—Pas de danger, mademoiselle, je vous garantis la valse...
Thérèse le fixa vivement dans un besoin de bien le voir, de s'abreuver à fond de ses traits. Elle ne put résister. Une raie de sueur lui mouillait le dos. Le désir d'être dans ces bras, comme jadis dans d'autres si pareils, la dominait. Elle se leva, puis d'une voix brève, presque bourrue malgré le sourire dont elle tentait de la corriger:
—Soit, monsieur... Essayons!...
Gérald l'enlaça et ils partirent en tournant. Aux premiers pas elle trébuchait, par ignorance, crainte de manquer de rythme. Alors, la soulevant comme une enfant, il l'emporta délicatement parmi les danseurs. Ses pieds ne touchaient plus le sol. Les couples la frôlaient sans heurts. Elle avait l'impression de glisser avec un amant robuste sur des nuages, en cadence. Elle ferma les yeux. Des sanglots lui barraient la gorge. Il la crut essoufflée, et, s'arrêtant:
—Eh bien! mademoiselle... Qu'est-ce que je vous disais?... Cela va à merveille...
Thérèse approuva d'une inclination de tête, ses minces lèvres pâlies de plaisir.
—La danse, c'est comme la nage! poursuivait le comte d'un ton paternel... Il faut s'y jeter à l'aveuglette... La musique vous pousse comme les vagues... Ensuite on n'a plus qu'à se laisser aller...