—On pense... on pense qu'on vous adore, méchant Raldo, qui m'avez fait tant souffrir ce matin...
Elle lui tendait les bras, dans un geste d'abandon et d'appel.
Il s'y laissa glisser en murmurant des gentillesses grossières.
VII
Jamais Thérèse ne travailla avec autant d'ardeur que durant les jours qui suivirent.
C'était sa façon de se soigner à elle, sa médication infaillible, quand la retroublaient ce qu'elle nommait ses «crises de souvenir».
Alors elle macérait son cerveau par l'étude comme les dévots leur chair rebelle dans les exercices de piété.
Pendant des semaines, elle ne quittait plus son bureau que pour se rendre aux bibliothèques. Sitôt rentrée elle s'attablait à la besogne. Puis, le dîner à peine fini, elle se remettait fiévreusement au travail jusqu'à ce que le sommeil la gagnât; et le lendemain elle recommençait.
Rarement la guérison tardait. Sous cet afflux glacial de savoir, toute son effervescence peu à peu s'éteignait. La fatigue pliait ses désirs et l'immense drame de l'histoire lui faisait prendre en dérision ses petits chagrins de sentiment. Un dernier souffle d'orgueil, à ces pensées hautaines, achevait de sécher les larmes intérieures que distillait encore son cœur. La discipline l'avait ressaisie et, comme un cheval rétif qui revient enfin au brancard, elle reprenait sa vie coutumière, d'une âme tranquille et sans joie, mais trop lasse pour se révolter.