—C'en est un! observa l'oncle Cyprien.
—Oui, oui, poursuivait Schleifmann, tous naturalisés Français, sauf le jeune Burzig que j'oubliais... Mais ce n'est pas sa faute... C'est la faute à monsieur son père... Une manie de changement qu'ils ont dans cette famille... Le grand-père naît à Mayence et se fait Américain. Bon! Le père vient à Paris et se transforme en Français... Puf! Ce n'est pas assez!... Voilà qu'il fait son fils Anglais pour lui éviter le service militaire... Je vous dis jamais, jamais contents, ces damnés Burzig!...
Il ricanait, la bouche méprisante.
—Ah! si les juifs de France avaient un peu de sang aux veines, je vous garantis que depuis beau jour ils auraient mis dehors tous ces touristes-là... Il fallait vous leur faire la vie si dure, si terrible...
—Mais vous-même, Schleifmann, demanda M. Raindal cadet, est-ce que vous n'allez pas bientôt vous naturaliser?...
Le Galicien eut un sourire mélancolique:
—Moi, mon ami?... A mon âge!... A quoi bon?... Le destin m'a créé sans patrie et sans patrie je reste... Je suis M. Schleifmann, citoyen de l'humanité, comme disait l'autre...
—C'est très gentil tout cela, objecta l'oncle Cyprien... Cependant, en cas de guerre...
—La guerre? murmura rêveusement Schleifmann... La verrai-je, d'abord?... Puis, je suis bien vieux, mon cher Raindal, je serais un bien pauvre soldat... Je le regrette... Quoique je déteste la guerre, les imbéciles raisons pour lesquelles les nations se massacrent, j'aurais tout de même aimé servir la France, le pays le moins bête, en somme, le plus généreux que j'aie connu...
—Baste! fit M. Raindal cadet... Vous pourriez vous rendre utile autrement...