—Mademoiselle! fit Gérald, qui tendait le bras à Thérèse.
La jeune fille y posa la main en évitant son regard d'un dédaigneux détour de tête; et ils s'avancèrent, sans un mot, du côté du salon. Gérald multipliait les mines courtoises, les attitudes déférentes, les effacements du buste, toutes les marques d'une politesse qui se sent en défaut et s'exonère à la muette. Arrivé dans le salon, jusqu'auprès de Mme Raindal, il dégagea moelleusement son bras:
—Mademoiselle!...
Il avait salué d'une courbette cérémonieuse et s'acheminait vers le fumoir. Thérèse ne put s'empêcher de le suivre des yeux.
Avec le dandinement de son grand corps sur ses jarrets pliants, il avait l'allure soulagée et lasse d'un homme qui descend de cheval ou qui revient d'une corvée. A l'entrée du fumoir, il empoigna familièrement Mazuccio par les épaules pour le faire passer avant lui; et derrière la portière en vieille tapisserie, on les entendait encore rire, d'un mystérieux rire du gosier, qui, à distance même, avait un son obscène.
—Eh bien? fillette, murmura M. Raindal en s'approchant à petits pas un peu lourds... Eh bien, ce dîner?
—Excellent! fit froidement Thérèse qui s'asseyait à la droite de sa mère. Je suis enchantée d'être venue...
—N'est-ce pas? continuait à mi-voix M. Raindal, se méprenant au ton de sa fille. Cette Mme Chambannes reçoit d'une façon parfaite... Voyons... avoue que j'ai eu raison de ne pas m'arrêter à certaines préventions, à certaines idées préconçues?...
Mme Raindal, devant l'allusion, avait soudainement rougi. Thérèse, la lèvre gouailleuse, chuchota:
—Mais, certainement père, je te le répète... Ces gens-là gagnent beaucoup à être vus de près...