VIII
Comme trois heures sonnaient d'un timbre énergique à l'horloge du Collège de France, la petite porte dissimulée dans les grisailles du mur s'entr'ouvrit, et M. Raindal fit son entrée.
Il s'était assis à sa vaste table de bois blanc, ayant en face de lui ses huit auditeurs familiers qui attendaient, la plume dressée, prêts à écrire.
Il tira de sa serviette quelques feuilles manuscrites et commença d'une voix simple:
«Nous avons terminé, dans notre leçon d'avant le Jour de l'An, l'étude des peintures oblatoires qu'on a retrouvées dans les mastabas d'Abou-Roash. Nous aborderons aujourd'hui, au même point de vue, l'étude des mastabas de Dahshour. Les peintures que renferme cette nécropole sont peut-être pour l'historien des mœurs d'un plus grand intérêt que celles d'Abou-Roash. Nous y trouvons sur la vie privée et la vie industrielle des Égyptiens des renseignements qu'on peut considérer à bon droit comme uniques. J'attire donc particulièrement votre attention sur cette leçon et les leçons qui vont suivre...»
M. Raindal prit un temps, et, consultant ses notes:
«La principale peinture des mastabas de Dahshour est celle conservée dans la tombe d'un riche négociant de l'époque, un de ces gros armateurs dont les caravanes exerçaient le trafic avec la Libye et la côte syrienne. Signalée en premier par Brugsch, elle a fait l'objet de deux notices fort détaillées de mon éminent et jeune confrère M. Maspero, parues dans les Annales du Musée de Boulaq et dans la Revue d'Égyptologie. Ledit armateur s'appelait Rhanofirnotpou...»
M. Raindal s'était levé et essuyait à puissants coups de torchon le tableau noir placé derrière sa chaise. Un petit nuage de craie, léger comme une fumée, voleta autour de sa manche.
—Rha-no-fir-not-pou!... épelait-il à mesure que s'inscrivaient sur le tableau les hiéroglyphes du nom.