—Mais pas le moindre hasard, cher maître!... Je voulais vous entendre, simplement... Après, je vous ai attendu pour vous serrer la main...
—Vous êtes trop bonne, mille fois bonne, en vérité! murmurait distraitement M. Raindal.
Et, tout en marchant, il ne cessait de jeter à droite, à gauche, des regards apeurés. Mais, arrivé dehors, devant le coupé de Mme Chambannes, il ne put dominer l'envie de fuir qui le tourmentait, et, retirant son chapeau:
—Au revoir, chère madame... A bientôt, j'espère... Mes compliments à M. Chambannes, je vous prie...
Zozé s'écria:
—Comment, maître! Vous ne voulez pas que je vous reconduise?... Par ce temps?...
Et d'une moue elle lui désignait la chaussée que le dégel semblait avoir enduite d'une couche sirupeuse de café glacé. Le maître se défendait. Zozé, dans le coupé, insistait, et elle frappait de la main le cuir des coussins, comme pour appeler un petit chien. M. Raindal perdait tout sang-froid. Si des élèves, des collègues le voyaient en cette posture ridicule! La crainte l'emporta. Il s'assit à côté de Mme Chambannes.
—A la bonne heure! Ç'aurait été fou de refuser! fit Zozé en baissant la glace de devant, afin de donner l'adresse au cocher.
Quand elle la releva, M. Raindal observa avec soulagement que la large vitre, comme celle des portières, était couverte d'un voile de buée. A l'abri de ces carreaux opaques, il se ressaisissait peu à peu. Il sourit à Mme Chambannes qui lui sourit aussi.
La voiture courait lestement sur le tapis de neige jaune. Dans la douce tiédeur qui montait de la boule, un moelleux parfum de maroquin se mêlait à des senteurs de violette irisée. M. Raindal soupira avec une impression de bien-être, et comme se réveillant: