René Gentil, président au Parlement, fut pendu le 2 septembre 1543 au gibet où, dix ans avant, il avait fait pendre Jean Poncher, innocent. Brantôme, Varillas et le Président Hénault ont accusé à tort René Gentil d’avoir soustrait à Samblançay les reçus de Louise de Savoie, et cela sur les instances d’une des femmes de la duchesse d’Angoulême, femme dont il était amoureux. Amelot de la Houssaie croit même que Marot fait allusion à René Gentil quand, dans l’élégie 22, Samblançay dit de la Fortune:

Mais cependant sa main gauche très-orde
Secrètement me filoit une corde,
Qu’un de mes serfs[83], pour sauver sa jeunesse,
A mis au col de ma blanche vieillesse.

René Gentil ne fut jamais le commis de Samblançay, il avait été celui de Jean Poncher. Théodore de Bèze lui fit l’épitaphe suivante[84]:

Fracto gutture stare quem revinctum
Impellique vides et huc et illuc,
Quondam purpureo sedem Senatu
Primam Parhisio in foro tenebat.
Verum (proh facinus scelusque grande!),
Dum, lucri studio impotente captus,
Bonos non minus ac malos coercet,
Justo numine sic jubente Divum,
Vivus qui male sederat tot annos
Stare nunc male mortuus jubetur.

Jean Moulnier, qui avait fait réparer les fourches patibulaires de Montfaucon, y fit amende honorable en 1558, à l’occasion d’un procès intenté contre lui par la comtesse de Senigau.

Le 9 septembre 1566, les frères Miloirs, trésoriers des compagnies, reçurent la question extraordinaire et furent pendus à Montfaucon pour avoir volé une somme de soixante mille écus et fait plusieurs faux. A l’échelle, le frère aîné, croyant toujours que sa grâce allait arriver, résolut de gagner du temps; il se cramponna aux échelons, et fit si bien que le bourreau, de guerre lasse, le pendit à l’échelon même auquel il s’était accroché[85].

Gaspard de Châtillon, sire de Coligny, amiral de France, assassiné par le Bohême Charles Dianowitz dans la nuit de la Saint-Barthélemy, fut traîné dans tout Paris; après avoir subi d’affreuses mutilations, son cadavre fut transporté au gibet de Montfaucon, où on le pendit par les cuisses avec des chaînes de fer. Toute la cour voulut l’aller voir, et la reine mère, son fils, sa fille et son gendre en firent une partie de plaisir. A la vue du corps mutilé de l’amiral, la figure du sombre Charles IX s’éclaira d’un reflet joyeux; on l’accuse même, mais à tort, d’avoir répété à ses courtisans, qui se détournaient avec dégoût, la fameuse phrase d’Aulus Vitellius visitant le champ de bataille de Bedriac.

D’Aubigné et de Thou prétendent que la tête de l’amiral fut envoyée à Rome; d’autres disent que l’on en fit présent au roi d’Espagne. François de Montmorency fit dépendre le cadavre, pendant la nuit, par un de ses valets nommé Antoine, et le fit transporter à Chantilly. Ses os se voient aujourd’hui, dit le Père Griffet, dans la chambre des archives, à Châtillon-sur-Loire,—soit qu’on les ait retirés du tombeau, ou qu’ils n’y aient jamais été mis, quoi qu’en dise d’Aubigné. Ils sont en petit nombre et renfermés dans un petit coffre de plomb: une balle de plomb est restée dans l’épaule: cette balle fut tirée probablement lorsque le corps était pendu au gibet de Montfaucon.

On sait que le Parlement mit en accusation Coligny mort, le déclara, par arrêt du 27 octobre 1572, coupable de lèse-majesté, et le condamna à être pendu par figure au gibet de Montfaucon. En effet, on traîna sur la claie un homme fait de paille, représentant l’amiral Coligny; par une dérision cruelle, et en souvenir d’une habitude de ce malheureux, le fantôme tenait dans sa bouche un cure-dent.

C’est peut-être le seul exemple d’un homme subissant deux fois cette exposition ignominieuse[86].