Le 25 septembre 1584 fut pendue à Montfaucon la Sœur Tiennette Petit, de l’Hôtel-Dieu de Paris, pour avoir donné quelques coups de couteau à une de ses compagnes et coupé la gorge à Jeanne Lenoir, vieille religieuse. Tiennette Petit, allant au-devant du châtiment, s’était jetée à la Seine par une fenêtre; mais elle fut retirée, mise dans les prisons du Chapitre de Paris, et condamnée par le bailli de ce Chapitre à être pendue devant l’Hôtel-Dieu. Un arrêt de la Cour confirma la sentence, mais l’envoya pendre à Montfaucon «avec le couteau»[87].
Sylva, médecin piémontais, détenu à la Conciergerie pour sodomie, était à table avec quelques prisonniers, lorsqu’il se prit de querelle avec l’un d’eux et lui donna des coups de couteau; tous se levèrent et voulurent se précipiter pour lui arracher cette arme des mains, lorsqu’il déclara qu’il la rendrait volontiers au sieur de Friaize, gentilhomme beauceron; et comme celui-ci s’avançait sans défiance, Sylva se jeta sur lui et l’assassina lâchement. Jeté dans un cachot, il se suicida pendant la nuit en s’étouffant avec des boulettes de linge arraché à sa chemise.—Son corps, attaché à la queue d’un cheval, fut traîné à Montfaucon, où il fut pendu par les pieds en janvier 1586[88].
Le 24 mars 1608, on traîne à la voirie, la face contre terre, le cadavre de Francesco Fava, médecin italien. C’était un maître fourbe que le signor Fava; très-intelligent, plus instruit que la moyenne des individus de cette époque, notre intrigant personnage avait pu prendre différentes qualités et jouer divers rôles qui le mirent à même de s’enrichir rapidement, trop rapidement peut-être. Il était venu à Paris pour y vendre une fort jolie collection de diamants, qu’il avait emportée en souvenir de la cordiale hospitalité du signor Ange Bossa, et cherchait à s’en débarrasser, lorsqu’il fut arrêté. Il soutint d’abord que les diamants lui appartenaient, qu’il les avait achetés et qu’il ne pouvait répondre de leur origine; mais, se voyant serré de toutes parts, il avoua tout, se jeta à genoux et cria miséricorde: on l’envoya au Fort l’Évêque. Là, il essaya plusieurs fois de se tuer; il s’ouvrit les veines, s’empoisonna; mais, sauvé malgré lui, il tenta de fuir: cette tentative n’eut pas plus de succès que les autres. Alors il demanda à sa femme une sorte de pâte italienne qu’il aimait beaucoup, mit dedans une très-grande quantité d’arsenic (on ne sut jamais comment il se l’était procuré), et attendit tranquillement la mort. Quand sa femme et son fils furent partis «il demanda un prestre. Un qui estoit prisonnier se présenta, mais il le refusa et en voulut un autre. Pendant que l’on en cherchoit, le poison, qui estoit violent, commence son opération, presse Fava et le travaille extrêmement. Alors il se fit oster du lict où il estoit couché et mettre sur une paillasse, où il dit qu’il vouloit mourir, et y mourut misérablement peu de temps après, sans que le geôlier ni les prisonniers sceussent la cause de sa mort et eussent le temps et le moyen d’y remédier.»
Le lundi matin 24 mars, «le corps est ouvert, le poison trouvé dans l’estomac, curateur créé au cadaver, information de la mort, la femme ouye, le procèz faict et parfaict au cadaver; sentence du mesme jour, par laquelle François Fava, accusé et déclaré deuëment atteint et convaincu d’avoir mal pris, desrobbé et vollé à Ange Bossa, par faulsetez et supposition de nom, qualitez escritures et cachets, neuf mil trois cents cinquante six ducats douze gros, monnoye de Venise, tant en diamants, perles et chaisne d’or qu’en deniers comptans, en espèce de sequins d’or; ensemble d’avoir attenté à sa propre personne, estant en prison, par incision de ses veines, et finalement, le procez estant sur le bureau, s’estre fait mourir par poison; et pour réparation de ces crimes, ordonné que son corps sera traisné la face contre terre à la voirie par l’exécuteur de la haute justice, et là pendu par les pieds à une potence qui pour cest effect y sera mise et dressée, etc.[89].»
L’affaire de Fava est une des plus curieuses et des plus singulières causes célèbres du XVIIᵉ siècle.
Sur la fin de juin 1611, un certain baron d’Arquy attendait à cinq heures du matin, sur le Pont-Neuf, le sieur de Montescot. A l’arrivée de celui-ci, ils mirent l’épée à la main et l’affaire s’engagea; Montescot fut d’abord blessé au visage, mais, ripostant vivement, il transperça d’Arquy, qui tomba raide mort. Les passants voulaient l’arrêter, lorsque heureusement pour lui arriva le sieur de Balagny, qui lui donna sa bourse et son cheval et lui fit prendre la fuite.
Cette affaire faillit en amener une seconde entre Balagny et le duc d’Aiguillon, mais enfin cela s’apaisa, et «le corps d’Arquy, par sentence et dernier jugement du Prevost de Paris, fut mené dans un tombereau depuis le Chastelet jusques au bout du Pont-Neuf, où, la sentence leuë, il fut mené au gibet de Montfaucon. Depuis, Montescot aussi fut décapité en effigie[90].»
Chose semblable arriva quelques années plus tard (1617). Malgré les édits contre les duels, un jeune seigneur Tourangeau se battit près de la rue aux Ours et fut tué. Son cadavre «fut traisné à Montfaucon, ainsi que de deux autres qui en semblable subject furent ignominieusement traisnez.»
Là s’arrête la chronique sanglante de Montfaucon.—Nous venons de donner la liste à peu près exacte des malheureux qui y ont été exécutés; seulement, comme les cadavres des individus suppliciés sur les places de Paris y étaient souvent exposés, nous n’avons pas cru devoir les omettre, et nous avons réuni ici la plupart des misérables qui, bouillis, rompus ou décapités à la Croix du Tiroi, au pilori des Halles, sur la place de Grève, allèrent aux Fourches patibulaires, après leur mort, garder les moutons à la lune. De ces expositions, nous n’avons pris que les plus remarquables et celles que l’histoire nous a désignées comme ayant eu lieu réellement à Montfaucon.
En 1328, Guillaume, doyen de Bruges, eut les mains coupées, fut pilorié, lié sur une roue, les mains attachées autour, et le lendemain, après avoir perdu presque tout son sang, fut transporté à Montfaucon; il était le principal auteur d’une révolte arrivée en Flandre.