LE GIBET
DE
MONTFAUCON
écrire tous les lieux où jadis on exécutait serait une rude besogne: chaque pavé de notre bonne ville de Paris est rouge. Cependant, avant de faire l’historique du gibet de Montfaucon, objet de cette monographie, indiquons sommairement quels étaient les principaux emplacements affectés au supplice des criminels.
Les plus anciens lieux patibulaires furent,—à ce que dit Sauval, et il n’en est pas sûr,—Saint-Denys du Pas, Montmartre et la Croix du Tiroi[1].
Sur la place Sainte-Marguerite-Saint-Germain s’élevaient une échelle et un pilori où étaient exécutés ceux qui se trouvaient sous la haute justice de l’abbé de Saint-Germain-des-Prés;—le pilori était plus que l’échelle, et ces marques de haute justice, l’échelle et le pilori réunis ne devaient appartenir qu’à un grand seigneur: cependant, quelque rang qu’il eût, il ne pouvait avoir un pilori là où le roi avait le sien.
L’évêque de Paris[3] avait son échelle sur la place du Parvis; on y prêchait et mitrait les individus condamnés à faire amende honorable. Ce fut sur cette place qu’on lut le décret du pape Clément V (Bertrand de Got), décret qui condamnait à mort tous les Templiers.—L’échelle du Parvis-Notre-Dame disparut au commencement du XVIIIᵉ siècle.
Le Chapitre de l’église Notre-Dame avait établi la sienne près du port Saint-Landry: on la rompit et l’emporta en 1410;—le prieur de l’abbaye de Saint-Martin-des-Champs, au coin de la rue Aumaire et de la rue Saint-Martin, et le grand prieur de France, à l’extrémité de la rue des Vieilles-Audriettes, qui s’est longtemps appelée rue de l’Echelle-du-Temple, à droite en entrant dans la rue du Temple.—Pendant la minorité de Louis XIV, des jeunes seigneurs, une nuit d’orgie, y mirent le feu; elle fut rétablie sans bruit quelques temps après[4].