L’abbé de Sainte-Geneviève avait son échelle près de l’église. Enfin, le prieur de Saint-Éloi, les abbés de Saint-Magloire et de Saint-Victor, le prieur de Saint-Lazare, la Ville..... tous avaient leur échelle et rendaient haute et basse justice sur leurs terres. Les habitants de Paris s’étant plaints du voisinage de ce grand nombre de Justices subalternes, le roi, pour mettre un terme aux conflits que l’incertitude de leurs limites et la prévention des officiers du Châtelet faisaient souvent naître, rendit un édit (février 1674) par lequel il réunit et incorpora à la Justice du Châtelet le Baillage du palais et toutes les Justices des seigneurs qui se trouvaient soit dans la ville et les faubourgs de Paris, soit même dans la banlieue.

Dix-neuf Justices furent comprises dans cette suppression; cependant, pour des considérations particulières, le roi excepta depuis les Justices de l’Archevêché, du Chapitre de Paris, de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, du Temple et de Saint-Jean-de-Latran; seulement elles devaient être exercées dans les enclos, cours et cloîtres, selon les conditions et restrictions portées par les Lettres et par les Arrêts d’enregistrement[5].

On brûlait au cimetière Saint-Jean; il y avait une croix à la porte Baudete,—à la place de l’échelle du prieur de Saint-Eloi,—en vertu d’une autorisation donnée en 1320 par Philippe le Long aux bourgeois qui demeuraient près de l’église Saint-Gervais. Quelquefois on exécutait impasse des Bourdonnais, sur la place aux Chats, à la fosse aux Chiens, sur le marché aux Pourceaux, qui était à la butte Saint-Roch.

Il y avait au carrefour Guilleri une échelle et un pilori, et c’était là principalement que se pratiquait l’essorillement[6]. On coupait une oreille au voleur, les deux en cas de récidive. Pour certains crimes on coupait d’abord l’oreille gauche, à cause, paraîtrait-il, d’une veine correspondant aux parties de la génération;—et ce n’est que justice, dit charitablement Sauval, ces gens-là ne pouvant faire que de petits voleurs.

Les soldats étaient exécutés sur la place de l’Estrapade, entre les rues du Poste de la Vieille-Estrapade et des Fossés-Saint-Jacques. On les y arquebusait plus souvent qu’au Pré-aux-Clercs[7].

La place qui était devant la Bastille, les cours de cette forteresse, le Pont-Neuf, la porte Saint-Jacques, la porte Saint-Denis, la cour du Châtelet, la cour du Palais de Justice, le pont Saint-Michel, la place de la Porte-Saint-Antoine, que sais-je encore? tous ces lieux ont servi de lieux patibulaires tout aussi bien que la croix du Tiroi, la Seine, le marché aux Pourceaux, la place Maubert, le pilori des Halles[8], la place de Grève et le gibet de Montfaucon, qui fait l’objet de cette notice.

Montfaucon, selon J. Aymar Piganiol de la Force[9], prit son nom d’un seigneur nommé Fulco ou Faucon, qui en était propriétaire, ainsi que des terres environnantes. Sauval,—s’il faut s’en rapporter à lui,—assure même qu’en 1189, Robert, fils de ce Faucon, vendit à Saint-Lazare deux pièces de terre qui étaient entre Saint-Lazare et ce gibet[10]. On remarque encore que sous Lothaire et Louis V, derniers rois de la seconde race, un comte nommé Faucon possédait une terre près de là, terre dont il fit don à l’abbaye de Saint-Magloire. C’était donc sur cette butte, située près de la route d’Allemagne, à l’extrémité du faubourg Saint-Martin, entre les rues des Morts et de la Butte-Saint-Chaumont, et à l’ouest de la route qui conduisait à Pantin (la rue de l’Hôpital-Saint-Louis), que se trouvait la grande Justice de Paris, comme on appelait alors les fourches patibulaires de Montfaucon. Depuis combien de temps le gibet était-il dressé en cet endroit, c’est ce que l’on ignore, et les plus anciens actes dans lesquels il en soit fait mention sont un acte d’accommodement du mois de septembre 1233, entre le prieur de Saint-Martin-des-Champs et le Chapitre de l’église Notre-Dame[11], et un acte de vente du mois de juin 1249[12], parlant tous deux du gibet établi sur le fief du Cens-Commun. Ce fief du Cens-Commun, appartenant au Chapitre Notre-Dame, était situé sur la route de Meaux, entre l’enclos Saint-Lazare et la butte Saint-Chaumont.

Dans un roman composé en 1270 ou 1274, Berte aus grans piés, du poëte Adenès, ou, comme dit Moreri, dy roix Adnès, il est aussi question d’un certain Tybert pendu aux fourches de Montfaucon.

Quant la vielle fu arse, Tybert font ateler,
Tout parmi la grant rue le firent trainer,
A Montfaucon le firent sus au vent encrouer[13].

Tout ceci démontre victorieusement que ce gibet ne doit sa fondation ni à Enguerrand de Marigny (né en 1260), ni à Pierre Rémy, comme le prétend Corrozet,—Pierre Rémy ayant été pendu le 25 mai 1328.—Est-ce Pierre de Brosse (ou La Brosse) qui le fit construire? rien ne le prouve, mais on ne peut s’empêcher de remarquer avec Etienne Pasquier que le gibet toucha cruellement ceux qui y avaient touché, et Enguerrand de Marigny, Pierre de Brosse, Pierre Rémy, qui tous le firent réparer, y furent pendus, à l’exception du dernier, qui y fit amende honorable.