Faisons halte icy par débauche,
Pour regarder les environs,
Et par régal censurons
Ce que je voy là sur la gauche:
Vieil Gibet démantibulé,
Par Enguerrand si signalé;
Pilliers maudits, que les orfrayes
Ont pris là pour leur tribunal;
Montfaucon, avecque tes clayes,
Tu fais plus de peur que de mal!
Claude le Petit! qui sait s’il n’alla pas non plus se balancer à Montfaucon?[118]... Mais poursuivons. Sauval dit que de son temps le gibet tombait en ruines: «Présentement (1650), la cave est comblée, la porte de la rampe rompue, ses marches brisées: des pilliers, à peine y en reste-t-il sur pied trois ou quatre, les autres sont entièrement ou à demi ruinés: la plupart de leurs pierres, entassées les unes sur les autres, confusément, couvrent de ruines une partie de la plate-forme de la masse: en un mot, de ce lieu patibulaire, si solidement bâti, à peine la masse en est-elle encore debout. De l’éminence même sur laquelle il était élevé, il ne subsiste que la terre, que cette masse remplit: les environs ont été couverts et sont convertis en plâtrières. Rien ne s’est garanti des injures du temps et des hommes, qu’une grande croix de pierre qui semble moderne[119].»
En 1760, comme les faubourgs Saint-Martin et du Temple commençaient à se peupler, on détruisit le gibet et on le transporta à l’endroit où est la grande voirie que l’on appelle aussi Montfaucon; mais on n’y pendit plus.—Il en fut de même pour les expositions: le gibet royal resta comme un symbole de la haute justice du trône, et l’on ne fit plus qu’enterrer à son ombre les suppliciés de la place de Grève. Le patient auquel on venait d’arracher la vie était transporté dans la salle basse du Pilori; vers minuit, le bourreau, assisté de ses aides, prenait le cadavre, le mettait dans une voiture et le conduisait, sans autre appareil, jusqu’à l’enclos des Fourches patibulaires, où le matin on avait creusé une fosse. Le corps y était descendu, recouvert de terre, et personne n’eût pu le lendemain retrouver trace de la tombe maudite.
Après le 21 janvier 1790 les pilliers restants furent détruits, et les blocs de grès achetés par un plâtrier nommé Fessard.—C’est avec eux qu’on a bâti le parapet le long duquel s’arrêtaient les voitures de vidanges.
Se vous clamons, frères, pas n’en devez
Avoir desdaing, quoyque fusmes occis
Par justice. Toutesfois, vous sçavez
Que tous les hommes n’ont pas bon sens assis;
Intercédez doncques, de cueur rassis,
Envers le Filz de la Vierge Marie:
Que sa grace ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l’infernale fouldre.
Nous sommes mors, ame ne nous harie;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!