Promptement prévenue, la justice les y suivit; le Procureur du Roi, le Lieutenant-criminel et plus de quarante sergents à verge envahirent le collége; bientôt arrêtés, les cinq assassins furent mis au Châtelet, où leur procès fut fait en grande diligence par maître Guillaume Maillard, lieutenant-criminel, auquel la Cour l’avait spécialement recommandé. Le 28 juillet 1526, les cinq condamnés sortirent du Châtelet pour aller en Grève subir le dernier supplice; les trois gentilshommes, criant à Dieu merci, la tête nue, firent amende honorable devant l’église Saint-Gervais, où avait été enterrée leur victime, et y fondèrent une messe quotidienne pendant un an pour le repos de son âme. Ils laissèrent de l’argent pour une fondation semblable dans le Nivernais, et 6,000 livres à la veuve et aux enfants, sans compter encore quelques rentes comme dommages et intérêts: le reste fut confisqué au profit du roi.

Les trois gentilshommes furent décapités, leurs corps transportés à Montfaucon et leurs têtes mises sur des pieux: celle de François en la place de Grève, celle de Joachim devant la porte Saint-Jacques, et celle de Charles hors la porte Saint-Antoine. Guillaume Clauseau fut pendu, et François Yssot brûlé vif. Leurs corps furent traînés et suspendus à Montfaucon[113].

Le samedi 19 septembre 1528, on pendit à la place Maubert un jeune garçon du pays d’Anjou, âgé seulement de vingt et un ans: jusqu’ici rien que de très ordinaire, «mais par le vouloir de Dieu et de la Vierge Marie Nostre-Dame-de-Recouvrance des Carmes, à laquelle il s’estoit recommandé quand on le pendist, il fut ressuscité; c’est assçavoir qu’il fut pendu et estranglé, et que le bourreau le laissa pendu bien l’espace de demie heure. Le vallet dudict bourreau le descendit de ladicte potence par une corde et le mist en la charrette pour le mener au gibet; luy, estant en la charrette, leva une jambe hault et commença à respirer, dont incontinent ledict vallet luy donna un coup de pied dans l’estomac pour achever de le faire mourir, et incontinent print un cousteau et luy voulut coupper la gorge. Lors d’advanture il y eust une pauvre femme qui estoit là, qui print ledict vallet et cria en luy disant: «Ha, traistre! le tueras-tu? Vois-tu pas que c’est un miracle?» Lors le pauvre pendu fut secouru de plusieurs personnes et fut porté dedans l’église des Carmes à Paris, devant la glorieuse Dame; puis il fut mis en une chambre, sur un lit devant le feu, puis fut seigné et donné un breuvage, fut oingt et frotté la gorge et le col d’huilles, et fut un temps sans parler et voir, comme environ au lendemain; mais à la fin il bust et mangea peu après, et fust environ deux jours qu’il n’avoit mémoire ne congnoissance de rien, ne qu’il eust été pendu. Finalement il lui souvint de tout et rentra en bonne prospérité, moiennant l’aide de la Vierge Marie, à laquelle ils s’estoit toujours recommandé.»

Pendant que s’opérait cette guérison miraculeuse, le Parlement avait commis à la garde du pendu un huissier et un sergent; puis maître Jean Morin voulut l’avoir; mais, grâce aux sollicitations des bons Carmes, le roi ne se montra pas plus sévère que la Vierge Marie et lui pardonna son méfait.

Il avait, avec deux autres domestiques, enterré le corps de son maître, ignorant, prétendait-il, que celui-ci eût été assassiné. On découvrit, en effet, que l’auteur du crime était la veuve, et qu’elle s’était servie de ses domestiques pour l’aider à faire disparaître le cadavre de son mari, en leur affirmant qu’il était mort subitement. La sainte Vierge, qui, paraît-il, s’occupait de cette affaire, aurait bien dû y penser un peu plus tôt, «car huict jours devant il en avoit été pendu un autre à la place Maubert, qui estoit son compaignon, qui fut pendu et estranglé pour le mesme cas[114]

Un avocat de Poitiers, le sieur Breton, ayant perdu une cause à Poitiers et à Paris, en conçut un vif ressentiment. «Il prend si bien ceste affaire dans la teste, qu’il s’imagine de vouloir et pouvoir réformer tous les abus de la justice. Il se présente au Roy, il luy parle, on le mesprise. Il s’adresse à M. de Guise, qui ne tient compte de lui respondre. Il va en Guyenne trouver M. de Mayenne, qui le desdaigne. Il va à la Rochelle vers le roy de Navarre, qui ne voulut prendre la peine de l’escouter.» Enfin, il revint à Paris, et fit imprimer un livre dans lequel étaient énumérés tout au long les torts dont, disait-il, la justice s’était rendue coupable envers la veuve et l’orphelin dont il avait perdu la cause. Il avait eu soin d’entremêler cela de reproches très-violents au roi et au Parlement; ce n’était cependant pas un fou que Mᵉ Le Breton, «il étoit homme de lettres, bien vivant et bon catholique, mais entêté comme un ligueur.» Le livre saisi, auteur et imprimeur furent mis à la Conciergerie, et leur procès fut bientôt fait. Le Breton fut condamné à être pendu, son livre brûlé devant lui; Jean Ducarroy, maître imprimeur, et Gilles Martin, compositeur, furent condamnés à être battus de verges au pied de la potence, la corde au cou, et bannis de France pendant neuf années. Quant à Guiton, serviteur de Le Breton, il fut seulement banni de la prévôté et vicomté de Paris pendant un an.

L’exécution eut lieu le 22 novembre 1586, «dans la cour du Palais, à quelques vingt pas des grands degrez.» Le Breton «endura la mort avec une assurance et une magnanimité admirables, et avec un tel regret de tout le peuple, que, quand on ôta son corps pour le porter à Montfaucon, le peuple y était en grande foule, qui lui baisoit les pieds et les mains. Il est enterré en une moinerie de cette ville, où on lui a fait un service comme à un bien grand prince, et il n’y a guère religion ou moinerie à Paris où on ne lui en ait fait, les gens d’église principalement le tenant digne d’être canonisé.»

A la nouvelle de cette exécution, le curé Poncet, qu’on avait mis en prison pour avoir prêché contre le roi, puis relâché en lui faisant quelques remontrances, mais qui avait recommencé, «se coucha au lit, et peu de jours après mourut[115]

Après l’exposition du cadavre de ce jeune seigneur Tourangeau (le duelliste de la rue aux Ours), exposition qui eut lieu en 1617 et que nous avons citée plus haut, nous ignorons s’il y en eut encore. Quoi qu’il en soit, à partir de ce moment, elles devinrent plus rares, et cessèrent même entièrement vers 1627 ou 1629[116], à cause du voisinage de l’hôpital Saint-Louis, fondé par Henri IV, vers 1607, pour les pestiférés, et terminé en 1611[117].

Aussi Claude Le Petit, qui rit de tout, n’avait garde d’oublier le vieux gibet découronné: