Il présenta franchement, dit Le Laboureur, son col au bourreau, «qui d’un seul coup luy trencha la teste. Il la mit au bout d’une lance (et fut mise plus hault que les autres plus de trois piez, dit Labarre), et le premier jour de juillet il porta le tronc du corps pendre au mesme gibet où le mesme Pierre des Essarts avoit fait attacher peu d’années auparavant celuy de Montagu.»—Et, ajoute Juvénal des Ursins, «aucuns disoient: que c’estoit un jugement de Dieu.»

Et comme pour Jehan Montaigu «le vingt-troisiesme jour d’aoust, fut dépendu le devant dit Prevost et Jacques de la Rivière, et furent mis en terre benoiste par nuyt, et n’y avoit que deux torches; car on le fist très-celéement pour le commun, et furent mis aux Mathurins.»

A propos de l’exécution de Pierre des Essarts, il circula dans Paris une anecdote qui, si elle fait honneur à la perspicacité du duc de Brabant, ne prouve pas en faveur du Prévôt de Paris. Causant un jour avec des Essarts, le duc lui aurait dit: «Prevost de Paris, Jehan de Montagu a mis vingt et deux ans à soy faire coupper la teste, mais vrayement vous n’y en mettrez pas trois.» Et non fist-il, car n’y mist qu’environ deux ans et demy depuis le mot; et disoit-on par esbattement parmy Paris que ledit Duc estoit Prophète vray disant[108]

En 1415, «feut prins en son hostel, à la porte de Paris, Robin Copil, pâtissier, et fut dict qu’il estoit banni. Aucuns disent qu’il estoit nouvellement venu de l’ost (armée) du duc de Bourgogne, et qu’il avoit escript à ses amis qu’on dict au duc de Bourgogne qu’il s’advançast de venir, et qu’ils estoient plus de quatre mille dedans Paris qui lui ouvriroient une porte. Pourquoy le dict patissier feut décapité ès Halles le Mercredy ensuivant, et porté le corps de nuict au gibet[109]

Le lundi 20 novembre 1475, on écartela aux Halles, par arrêt du Parlement, un gentilhomme du Poitou, nommé Regnault de Veloux, de la maison de Monseigneur du Maine. Il était accusé de haute trahison. «Et fut ledit Regnault par l’ordonnance de ladicte Court fort secouru, pour le fait de son âme et conscience. Car il luy fut baillé le Curé de la Magdeleine, Pénitencier de Paris et moult notable Clerc Docteur en Théologie, et deux grans Clercs de l’ordre des Cordeliers, et furent pendus ses membres aux quatre portes de Paris, et le corps au gibet.»

Le 23 décembre, on alla chercher, avec la permission du roi, les membres épars de ce malheureux; «et puis furent portez inhumer et enterrer au Couvent desdits Cordeliers de Paris, auquel lieu luy fut fait son service honnorablement, pour le salut et remède de son ame, tout au coust, mises et dépens des parents et amis dudit deffunct Regnault de Veloux[110]

Le 19 août 1518, fut décapité, par arrêt du Parlement, Christophe Legon, avocat, demeurant à Angers; après l’exécution, son corps fut pendu au gibet de Paris, le tout «pour ses démérites et falcifications». L’histoire ne nous rapporte que la dernière fourberie de Mᵉ Christophe Legon. «Mesmement pour la dernière foys, contre un gentilhomme du pays, nommé monsieur du Boys-Daulphin, pour et à la faveur d’un relligieux de l’ordre de Prémontret, abbé de l’abbaye, pour raison du droict de chasse de quelques boys prétendu par ledict seigneur du Boys-Daulphin contre ledict abbé, pour lequel il avoit falsifié aucunes lettres, par les avoyr frottées d’eaue forte en aucuns lieux d’escripture pour y mettre quelque chose contre vérité.»

Six faux témoins qu’il avait subornés furent battus de verges par les carrefours de Paris et au pilori devant Mᵉ Christophe Legon; il y en eut même un qui fut marqué au front d’un fer chaud. «Et depuys la mort dudict Legon, iceulx faux tesmoings furent encore menez à Angers, où ils furent battuz et fustigez de verges parmi la ville[111]

En 1539, il se fit aux Halles une exécution par contumace: Jean Frolo «auditeur des basses audictoires du Chastelet», fut condamné pour meurtre à faire amende honorable sur la place du Chastelet, à avoir le poing coupé devant la demeure de sa victime, à être traîné sur une claie jusqu’à la place du Pilori, où on lui trancherait la tête, et enfin à être pendu à Montfaucon.—Ce qui eut lieu par figure[112].

Un gentilhomme du Nivernais, François Andras, seigneur de Changy, venait de gagner devant le Parlement un procès que lui faisaient ses trois beaux-frères au sujet d’une terre qu’ils prétendaient leur appartenir. Il sortait de la messe, lorsqu’il fut abordé par François Yssot, un de ses anciens domestiques, qui lui dit: «Monsieur, Dieu vous gard; je m’en voys au pays, mon maistre m’a donné congé, vous y plaist-il rien mander?—Je te remercie, laquais, dit le sieur de Changy, vien-t’en disner à mon logis avec moy, là où j’escriray, et tu porteras les lettres à ma femme de mon procès que j’ay gagné.» Et il lui dit qu’il restait à l’enseigne du Grand Cornet, près l’église Saint-Gervais. C’était, du reste, tout ce que voulait savoir le rusé coquin, qui en avertit immédiatement les trois beaux-frères de de Changy, François, Joachim et Charles du Chastel. Ceux-ci, avec Yssot et un autre de leurs domestiques nommé Guillaume Clauseau, allèrent attendre le sieur de Changy, et, comme il sortait de l’église de Saint-Jean-en-Grève et qu’il regagnait l’enseigne du Grand Cornet, tous cinq, bien armés, lui tombèrent dessus. Il se défendit vaillamment, l’épée à la main, et en blessa un au nez; mais, accablé par le nombre, il tomba mort sur la place. Les assassins passèrent aussitôt la rivière et coururent se cacher dans le collége des Lombards.