[118] Claude Le Petit est une personnalité qui tient de trop près à notre sujet pour que nous ne nous y arrêtions pas un instant. C’était un poëte, et quel poëte! et ne pourrait-on vraiment pas mettre ces mots: Portrait du peintre, au-dessous de ce sonnet de sa façon?
LE POÈTE CROTTÉ:
Quand vous verrez un homme, avecque gravité,
En chapeau de clabaud, promener sa savate,
Et, le col étranglé d’une sale cravate,
Marcher arrogamment dessus la chrétienté;
Barbu comme un sauvage et jusqu’au cu crotté,
D’un haut de chausse noir, sans ceinture et sans patte,
Et de quelques lambeaux d’une vieille buratte,
En tous temps constamment couvrir sa nudité;
Envisager chacun d’un œil hagard et louche,
Et, mâchant dans les dents quelque terme farouche,
Se ronger jusqu’au sang la corne de ses doigts;
Quand, dis-je, avec ces traits vous trouverez un homme,
Dites assurément: «C’est un poëte françois!»
Si quelqu’un vous dément, je l’irai dire à Rome.
Mais Petit «estoit si fatallement pour la satyre et pour les femmes, qu’il lui estoit aussi impossible de ne point escrire que de ne point chevaucher»; et comme sa vie se passait en débauches et en libertinage, sa poésie était des plus libres et des plus impies, et son B....l céleste, qui renfermait des vers abominables contre la Sainte-Vierge, le conduisit droit à la Grève.
C’est lui dont Boileau a dit:
A la fin tous ces jeux que l’athéisme élève
Conduisent tristement le plaisant à la Grève.
A la Grève..., dont Petit s’était bien moqué aussi dans son Paris ridicule.