Changez et andossez souvent,
Et tirez tousjours droit au Temple,
Et eschecquez tous en brouant,
Qu’en la jarte ne soyez ample.
Montigny y fut, par exemple,
Bien attaché au halle-grup,
Et y jargonnast-il le tremple,
Dont Lemboureux lui rompt le suc.
Quant à Villon, on sait qu’il ne fut pas pendu comme il l’appréhendait si fort. Condamné à mort deux fois, en 1460 et 1461, et gracié par Louis XI, cette épitaphe, qu’il avait composée, ne put lui servir:
Je suis François, dont il me poise,
Né de Paris, près de Pontoise,
Qui d’une corde d’une toise
Sçaura mon col que mon cul poise,
Non plus que cette magnifique ballade (l’Épitaphe en forme de Ballade que feit Villon pour luy et ses compaignons) dans laquelle il se représente pendu avec cinq ou six de ses amis:
La pluye nous a debuez et lavez,
Et le soleil dessechez et noirciz;
Pies, corbeaulx, nous ont les yeux cavez,
Et arrachez la barbe et les sourcilz.
Jamais, nul temps, nous ne sommes rassis;
Puis çà, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir, sans cesser nous charie,
Plus becquetez d’oyseaulx que dez à couldre.
Hommes, icy n’usez de mocquerie,
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!
Comme il possède son sujet! «Il en parle en connaisseur; il sait sa potence à fond, et le pendu, dans tous ses aspects, profils et perspectives, lui est singulièrement familier. Colin de Cayeux et René de Montigny[63], ses camarades, avaient eu la maladresse de se laisser mourir longitudinalement, comme il appert par une des ballades du Jargon, et lui-même ne pouvait guère s’attendre à trépasser en travers. Il me semble le voir maigre, hâve et déguenillé, tourner autour du gibet comme autour du centre où doit aboutir sa vie, et contempler piteusement ses bons amis faisant l’I et tirant la langue, le tout pour s’être allés esbattre à Ruel. Remarquez le mot, quel euphémisme! esbattre. Que diable faisaient donc ces gens-là quand ils travaillaient sérieusement, puis qu’on les cravatait de chanvre seulement pour s’être amusés?»[64]
On ne sait au juste quel délit avait pu amener sur Villon ces deux terribles condamnations; on peut croire que c’était un vol à main armée près de Ruel; un passage de ses poésies permet aussi de supposer que c’était un viol[65].
«Un jeune fils de Brigandinier», qui avait été élevé par Jean Pensart, marchand de poissons, sachant que son père adoptif avait assez d’argent à la suite de la vente du carême, résolut de le dépouiller. Ses complices dans cette affaire étaient deux Ecossais, Mortemer, dit Lescuyer, et Thomas le Clerc; surpris au milieu du crime, ils se sauvèrent, et Brigandinier, pris et amené au Châtelet, nomma ses compagnons. Mortemer, confié à la surveillance de deux Ecossais de la garde du roi, put facilement s’échapper; quant à Thomas le Clerc, il se réfugia dans l’église Sainte-Catherine du Val des Ecoliers, et là soutint un véritable siége contre les gens du prévôt de Paris, qu’il blessa en grande partie avant de tomber entre leurs mains. Condamné à être pendu à Montfaucon, il en appela au Parlement, qui confirma la sentence. L’exécution eut lieu le 16 mars 1474, «pour veoir laquelle furent jusques audit gibet sire Denis Hesselin, maistre Jehan de Ruel, comme commis par maistre Pierre de Ladehors à l’exercice de l’office de lieutenant-criminel, pour occasion de la maladie dudit Ladehors[66].»
En 1476 fut pendu à Montfaucon le sieur Laurent Garnier, de Provins, pour avoir tué un collecteur des tailles de Provins, «duquel cas il avoit obtenu rémission qui ne luy fut point entérinée par la Cour du Parlement». Un an et demi après cette exécution, sur les instances de son frère, le corps fut dépendu par maître Henri Cousin, «et illec fut ensevely et mis en une bière couvert d’un cercueil, et dudit gibet mené dedans Paris par la porte Sainct Denys; et devant icelle biere aloient quatre crieurs de ladite ville sonnant de leurs clochettes, et en leurs poitrines les armes dudit Garnier; et autour d’icelle biere y avoit quatre cierges et huict torches, qui estoient portées par hommes vestus de dueil et armoyez comme dit est. Et en tel estat fut mené passant parmy ladite ville de Paris, jusques à la porte Sainct Anthoine, où fut mis ledit corps en un chariot couvert de noir, pour mener inhumer audit Provins. Et l’un desdits crieurs, qui aloit devant ledit corps, crioit: «Bonnes gens, dites vos patenostres pour l’âme de feu Laurens Garnier, en son vivant demeurant à Provins, qu’on a nouvellement trouvé mort sous un chesne; dites-en vos patenostres, que Dieu bonne mercy luy fasse[67].»
«Audit mois d’aoust 1477 advint que un jeune fils bourreau à Paris, nommé Petit-Jehan, fils de maistre Henry Cousin, maistre Bourreau en laditte ville de Paris, qui déjà avoit fait plusieurs exploits de Bourreau[68], fut tué et meurtry ledit Petit-Jehan en laditte ville de Paris.»