L’année suivante, nous trouvons cette note: «Le vendredy 10 jour de septembre 1428, fut despendu du gibet de Paris ung nommé Sauvaige de Fromonville, à qui Pierre Baille fist tant de déplaisir quand on le pendoit, car il le frappa en l’eschelle moult cruellement, et si battit le bourrel d’un gros baston qu’il tenoit, et estoit pour lors ledit Pierre receveur de Paris[54]

En 1430 la misère était si grande, que les pauvres se réunissaient par bandes, pillant et dévastant les environs de Paris. On fit contre eux une expédition; quatre-vingt-dix-huit furent pris la première fois et amenés à Paris: on en pendit douze le 2 janvier. L’année suivante, on fut obligé d’aller à Chevreuse faire le siége «d’une vieille forte maison nommée Dannette», dans laquelle s’étaient réfugiés une quarantaine de pillards; ils furent pris et amenés à Paris; le plus vieux n’avait pas trente-six ans. Treize purent s’échapper; il y en eut deux de pendus devant Dannette, et treize au gibet de Paris. Le 22 avril, on fit une nouvelle expédition qui amena la capture d’une centaine de ces misérables; six furent pendus immédiatement, «les autres, tous accouplez et liez de cordes», furent dirigés sur Paris, et le lundi suivant on en pendit trente-deux à Montfaucon, et le 4 mai trente autres[55].

On enterrait aussi sous le gibet des personnes toutes vives; en 1440, 1457 et 1460, nous trouvons trace de quelques-unes de ces exécutions: Jannette la Bonne-Valette et Marion Bonnecoste, Ermine Valancienne et Louise Chaussier, subirent cet horrible supplice pour leurs «démérites», et furent enfouies dans une fosse de sept pieds de long. En 1460, Perrette Mauger, voleuse et recéleuse de profession, fut condamnée par Robert d’Estouville, prévôt de Paris, «à souffrir mort et à estre enfouye toute vive devant le gibet.» Elle en appela au Parlement, qui confirma la sentence. «Ce qui fut dit à icelle Perrette, laquelle déclara lors qu’elle estoit grosse, parquoy fut derechef différé de l’exécuter. Et fut fait visiter par ventrières et matrones, qui rapportèrent à justice qu’elle n’estoit point grosse.» Immédiatement Henri Cousin, exécuteur des hautes œuvres l’entraîna au supplice[56].

Le 6 juin 1465, on trouva pendu chez lui Jehan Marceau, ancien marchand bonnetier, demeurant rue Saint-Denis, à la Barbe-d’Or. Cette mort était le résultat d’un suicide; aussi le corps fut-il dépendu, apporté au Châtelet, et de là traîné à Montfaucon pour y être pendu.[57]

Le 19 juillet de la même année fut pendu et étranglé au gibet de Paris un gentilhomme nommé Laurent de Mory. Accusé d’avoir des intelligences avec les Bourguignons, il avait été enfermé à la Bastille et jugé par une commission qui l’avait déclaré «crimineux de crime de leze-Majesté, et comme tel l’avoit condamné à estre escartellé ès Halles de Paris.» Il en appela au Parlement, qui l’envoya alors à Montfaucon.[58]

En 1466, on fit aussi de nombreuses exécutions «de povres et indigentes créatures, comme de larrons, sacriléges, pipeurs et crocheteurs». Les uns furent pendus à Montfaucon, les autres au petit gibet de Montigny, «de nouvel créé et estably, pour la grande vieillesse, ruyne et décadence du précédent et ancien gibet, nommé Montfaucon». Ceux qui ne furent pas pendus furent fouettés au cul de la charrette qui les promenait dans tous les carrefours.—De semblables exécutions avaient eu lieu en 1460[59].

Au mois de septembre 1666, on pendit un gros Normand du Cotentin «pour ce qu’il avoit longuement maintenu une sienne fille, et en avoit eu plusieurs enfans, que luy et laditte fille, incontinent qu’elle en estoit délivrée, meurdrissoient». La fille fut brûlée à Magny, près Pontoise, où ils étaient venus demeurer[60].

Le 16 février 1468, par ordre du prévôt de Paris, on menait de sa prison en la chambre de la question un nommé Charlot le Tonnelier, dit la Hote-Varlet, chaussetier, demeurant à Paris, lorsque tout à coup il saisit un «cousteau qu’il apperceut sur son chemin, et d’icelluy se couppa la langue». On le ramena immédiatement dans sa prison, où, bien soigné, il guérit vite. Ramené à la question, il se décida à avouer ses crimes et compromit un de ses frères qu’on appelait le Gendarme, un serrurier, un orfévre, un sergent nommé Pierre Moynel, et un fripier nommé Martin de Coulongne. Le mardi de la semaine peneuse[61], ils furent tous condamnés à être pendus. De cette sentence du prévôt de Paris ils en appelèrent au Parlement, qui confirma l’arrêt seulement à l’égard de quatre, qui furent pendus sous les yeux du fripier et du sergent: ceux-ci furent ramenés en prison. Ils allaient peut-être tirer leur cou de cette affaire, lorsque, «le vendredy sainct et aouré, vint et issit du ciel plusieurs grans esclats de tonnerre, espartissemens et merveilleuse pluye, qui esbahist beaucoup de gens, pourceque les anciens dient tousjours que nul ne doit dire hélas! s’il n’a ouy tonner en mars. Et après ce que dit est, ledit fripier nommé Martin de Coulongne fut rendu par la dicte Cour du Parlement audit prevost de Paris, et fut envoyé audit gibet le samedy veille de Quasimodo 1469[62]

Nous n’avons pu trouver la date exacte de l’exécution de deux bons amis de François Villon, dont nous avons parlé plus haut, René de Montigny et Colin de Cayeux, deux coupeurs de bourse émérites.

Coquillars, narvans à Ruel,
Meny vous chante mieux que caille
Que n’y laissez ne corps, ne pel,
Comme fist Colin de l’Escaille,
Devant la roe babiller:
Il babigna, pour son salut.
Pas ne sçavoit oingnons peller...
Dont Lemboureux lui rompt le suc.