... midi attristé comme une conserve
de poisson abîmé ...
Il y a des rues pleines de creux.
Et la vie est trépas.
Moi je suis le maître de tout
ce qui n'existe pas.
Je vis en mon dehors.
Le vent tire l'herbe
par la chevelure.
A la poubelle
la pluie est chat.
Je donne au lavage quelques
vers sordides.
Ce temps
est mon non-temps.
LECTURE A L'ESPRIT
Je suis allongé, la main sous la tête ...
Le titre d'un livre
serpente comme un cri
au-dessus.
Du désir d'être
lustré par l'absolu,
je commence à lire
accroché de mots
par les hameçons des yeux:
les lettres bondissent de leur place,
elles me tirent par la main,
apportent l'étranger
sous mes sens,
font tapage et tumulte
et me piaillent aux oreilles
à la vitesse du siècle.
Se heurtant au tympan
certaines boitent encore
déposant leur cendre en couches
sur le cerveau
(moi, je loge dans une seconde
inclinée légèrement vers le parfait).
Entre les lignes, une voix
me jette des fleurs
(sa chaleur traverse mon esprit).
Quelques personnages,
chacun classé par séries
d'après leur nom ou leur aspect
s'éveillent devant moi
m'invitant à la discussion,
puis sortent en hâte de la page.
Comme un enfant
le temps saute sur les degrés des ans
de feuille en feuille,
en avant et en arrière
de guerre lasse les jaunissant.
Finalement je me réveille en lisant
la même page depuis deux fois.
ÉCOUTE LA TEMPÊTE
QUE CHANTE LA DÉMENTE
En putrides gémissements
la mer
par le rivage ceinte.
Neptune y promène
sa peine.
Ecoute, écoute la tempête
que chante la démente!...
mais la mer brûle
ses entrailles.
La ville est
dans les fureurs de vent,
les yeux oints
de pleurs.