Souffle le vent souffle, et les arbres
les arbres me tournent le dos.
La lumière pèse lourdement
en veilleuse.
A la fenêtre — les grilles
de ténèbres.
Soutenues par leurs béquilles
les illusions cheminent,
à travers la boue de la nuit
les étoiles marchent
en bottes.
Souffle le vent souffle, et les arbres
les arbres me tournent le dos.


S. O. S.

Hier ainsi, aujourd'hui beaucoup plus
le navire sur la tempête reçoit fortement, plus fortement
des coups dans sa proue.
La mer injurie et fuit,
les chiens des vagues
nous aboient.
L'eau se dresse sur
deux pattes,
des deux autres elle s'appuie sur le pont.
Le mât tombe à genoux
et prie.
Surviennent en glapissant des meutes de vagues,
et de toutes parts.
Prostituée de la mer —
la voile.

L'équipage s'accroche de ses ongles,
de ses dents, de ses pieds à tout ce qui
demeure encore, à une planche,
et plus réellement:
à une espérance —
mais chacun se noie
en lui-même;
nos esprits
flottent encore grelottants
dans des canots de sauvetage.
"Sauvez nos âmes",
sauvez-les,
vous les sauvez!


LES SOUCIS COMMENCENT
A FOURMILLER LE LONG DES RUES

Une fontaine de ciel
révèle l'orient.
Les saules reflètent
en un enfant-de-ruisseau
le regard sensuel
du corps.
Le long des rues commencent à fourmiller
les soucis,
des hommes plein la bouche.
A la périphérie les peupliers
portent sur leurs épaules
des sentiers.